mercredi 1 mai 2013

Poiscaille versus Dessein Intelligent

La théorie de l'évolution selon Madame Garrison de South Park! Cliquez ici pour voir la vidéo!

Je suis masochiste je ne peux m'empêcher de me faire du mal! Non pas en me mutilant à l'aide de lames de rasoire ou en m'amusant à éteindre des cigarettes sur mon avant-bras, non je fait bien pire et plus tordu que cela puisque je me force à lire toutes les salades pseudo-scientifiques réparties un peu près partout sur le Net! Ainsi je consulte souvent les sites des créationnistes adeptes du «Dessein Intelligent», j'y ai déjà consacré divers articles. Or récemment un article particulièrement amusant du créationniste Casey Luskin sur les Cœlacanthes, a attiré mon attention. Peu après la publication de cet article clownesque, le biologiste PZ Myers publia une réfutation détaillée des inepties de Casey Luskin. Au départ je n'avais pas pensé rédiger un billet sur ces joyeuses inepties créationnistes, cependant un détail a attiré mon attention. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet voyons dans quel contexte de situe cette amusante prise de tête.


Cœlacanthe africain Latimeria chalumnae

Récemment une publication décrivant des analyses détaillées du génome de cœlacanthes africains, a beaucoup fait parler d'elle, car soutenant l'idée d'une «évolution plus lente» (notez les guillemets) des dits cœlacanthes par-apport aux tétrapodes que nous sommes. [1] Bien évidemment cette publication a fait l'objet de divers commentaires et critiques en plus des nécessaires rappels sur le caractère fallacieux du terme de «fossile vivant» pour parler des actuels Cœlacanthes. [2] Et pour davantage de détails sur le cœlacanthe ainsi que sur cette affaire je vous recommande les deux articles suivants de deux membres du C@fé des Sciences:

Un bon fossile est un fossile mort!

Beaucoup de gènes et un peu de gêne pour un fossile vivant : le retour du cœlacanthe

Bien évidemment dès qu'il y a quelques remous intellectuels dans la «blogosphère scientifique» et plus exactement «évolutionniste», les créationnistes tentent de s'y immiscer pour tenter de faire croire au plus grand nombre que l'idée même de l'évolution serait mise à mal (alors que les débats scientifiques sont tout ce qu'il y a de plus normal et de plus sain en Science)! Et à ce titre le créationniste Casey Luskin pense sincèrement avoir trouvé LA preuve mettant à mal l'idée même de fililation commune entre les espèce ou plus exactement notre filiation commune avec les cœlacanthes. Pour ce faire Casey Luskin se réfaire notamment à une donnée particulière de la récente étude du génome du cœlacanthe africain, à savoir les gènes codant une catégorie d'anticorps nommés Immonuglobuline W ou IgW. La particularité de l'IgW est d'être présent chez les poissons cartilagineux (Chondrichthyens), et chez les Cœlacanthes. En revanche l'IgW est totalement absent chez les Téléostéens et chez les Tétrapodes! Or Casey Luskin affirme qu'en se basant sur les gènes codant l'IgW nous obtenons une phylogénie des vertébérés en totale désaccord avec les phylogénies communément admises.

Phylogénie des vertébrés si l'on se base que sur la présence ou l'absence du caractère IgW. On remarque que l'arbre phylogénétique obtenue ne correspond pas du tout à la phylogénie communément admise. Casey Luskin pensant à tort que cela remettrait en question l'évolution en tant que telle!

Bien évidemment nous savons tous qu'on ne peut établir une phylogénie en se basant sur un seul caractère, qu'il soit génétique ou morphologique, car bien évidemment au niveau individuel des convergences évolutives ont lieu comme ici la perte des gènes IgW ayant eu lieu de manière indépendantes chez les Tétrapodes et chez les ancêtres des Téléostéens. C'est ce que rappel PZ Myers et donc l'objection de Casey Luskin est risible! Cependant j'ai remarqué que PZ Myers a omit un point important du «raisonnement» de Casey Luskin. Car voilà celui-ci semble en réalité admettre le fait qu'un caractère unique puisse être perdu deux fois de manière indépendante dans deux différentes lignées. Non En réalité Casey Luskin développe un «argument» bien plus étrange pour affirmer que la perte IgW ne tiendrait pas, et histoire de bien comprendre ce que ce créationniste affirme illustrons ces propos en image!

Phylogénie des poissons osseux selon Casey Luskin pour qui «le compte-rendu standard de l'évolution» stipulerait que les Téléostéens ont commencé à se diversifié avant l'apparition des Sarcoptérygiens. On remarque que selon ce scénario les Téléostéens formeraient donc un groupe paraphylétique. Et donc la perte des gènes IgW constaté chez les Téléostéens devraient donc s'être produit plusieurs fois de manière indépendant au sein de plusieurs lignées de Téléostéens. Problème Casey Luskin raconte n'importe quoi et donc se plante donc complètement!
 
Bon ok qu’est-ce que cette endive de Casey Luskin tente de démontrer ici? Simplement que la perte des gènes IgW chez les poissons à nageoires rayonnées (Téléostéens) serait problématique car selon lui cela impliquerait que ce gène ait été perdu de manière indépendante dans de multiples lignées de Téléostéens et non pas une fois chez un des ancêtres communs de ces derniers! Pourquoi? Parce que selon lui les téléostéens se seraient diversifiés avant que la branche des Sarcoptérygiens ne bifurque des autres, donc avant que la dite branche des Sarcoptérygiens ne voit le jour! Ce qui impliquerait selon le «raisonnement» de Casey Luskin, que les Téléostéens formeraient un clade paraphylétique! Or cette erreur particulièrement grossière de Casey Luskin est inexcusable sachant qu'il utilisait lui-même ce diagramme ci-dessous montrant que les Téléostéens forment bel et bien un clade monophylétique.

Phylogénie classique des vertébérés, avec mention des pertes du caractères IgW chez les ancêtre des Téléostéens et chez les ancêtres des Tétrapodes.

Et donc pas besoin d’évoquer de multiples pertes des gènes IgW de manière indépendante chez diverses lignées de Téléostéens! Certes certains connaisseurs en phylogénie des vertébrés peuvent noter que les poissons à nageoires rayonnées ne se limitent pas aux seuls Téléostéens mais inclue également l'ensemble des Actinoptérygiens. Mais cela ne change rien à l'affaire puisque les Actinoptérygiens (représentés en grande partie mais pas uniquement par les Téléostéens) forment également un groupe monophylétique. [3] La perte du gène IgW ayant très bien pu avoir eu lieu une seule fois durant l’évolution des Actinoptérygiens!

Phylogénie de la plupart des vertébérés. Il apparaît clairement que les Actinoptérygiens tout comme les Téléostéens (qui font partie des Actinoptérygiens) forment aussi un clade monophylétique. [3]

Et donc comment expliquer cette erreur particulièrement grossière de Casey Luskin? Certes la stupidité et la mauvaise foi de ce dernier sont sans aucun doute à blâmer, mais il y a  probablement selon moi un troisième facteur entrant en compte, à savoir une vision gradiste et obsolète de l'évolution. Ainsi malgré la fait que ce cher Casey Luskin avait déjà le diagramme phylogénétique correct sous les yeux, il a néanmoins réussit à en voir les poissons Téléostéens comme un véritable «marche-pied évolutif» des vertébrés! Pour plus d'informations sur la question des «marche-pied évolutif» voir ce précédent article! Je ne vois pas d'autre explication pour avoir commis une erreur aussi grossière...enfin aucune à part la stupidité et la mauvaise fois avérées du bonhomme! Mais aller assez parler poissons, et finissons cette longue et pédante tirade sur une sympathique vidéo des Monty Python mettant en scène des Poissons Téléostéens!



Références:

[1] Chris T. Amemiya et al (2013), The African coelacanth genome provides insights into tetrapod evolution, Nature

[2] Didier Casane and Patrick Laurenti (2013), Why coelacanths are not 'living fossils': a review of molecular and morphological data, Bioessays

[3] Ricardo Betancur-R et al (2013), The Tree of Life and a New Classification of Bony Fishes, PLoS ONE

vendredi 19 avril 2013

Mésanges tueuses et Dinos à plumes

Entre une Mésange Charbonnière (Parus major) et un Vélociraptor il y a davantage de points communs que vous le pensez! À droite la magnifique reconstitution d'un Vélociraptor attaquant un Protocéraptos est l’œuvre du paléo-artiste Peter Schouten!

Qui n’a pas déjà vu ces petits passereaux très communs chez nous? Ils sont si beaux, si mignons et aux petits piaillements si délicats? Je parle bien sûr des Mésanges Charbonnières! Ah ces chères Mésanges Charbonnières, petits passereaux insectivores et granivores, qu’il est toujours agréable d’avoir dans son jardin n'est-il pas? Vous pouvez même leur y installer des nichoirs et avec un peu de chances certains viendront y établir leur nid. Ce qu’en revanche vous ignorez sans doute c’est qu’alors vous accueillerez dans votre propriété des animaux potentiellement sanguinaires, de redoutables prédateurs sans pitié aucune!

Hein quoi? Pourtant on parle bien de Mésanges Charbonnières pas de Pies-grièches adeptes de l’empalement de proies! Hélas la mésange charbonnière elle aussi est capable d’une cruauté et d’une violence propre aux plus redoutables prédateurs! C’est par le paléontologue Darren Naish (d'autres francophones de la toile ici et ayant cependant déjà noté cela avant moi) que j’ai appris toute la vérité sur nos (pas si) adorables mésanges charbonnières, vérité dont témoigne parfaitement une des victimes de ces mésanges (voir image ci-dessous)!
 
Chauve-Souris mise à mort et dépecer par des mésanges charbonnières! Notez que ces dernières ont privilégié le cerveau de leur victime!

Ca fout un coup n’est-il pas? Certains pourront me rétorquer «Oui mais peut-être que les mésanges ne font que dépecer des Chauves-Souris déjà mortes ou alors s’attaquent-t-elles qu’à des Chauves-Souris mourantes»! À cela je réponds Que Nenni! L’image ci-dessus provient d’une étude faite par une équipe de chercheurs, Péter Estók et al (2009) [1], dont les membres ont observé et décrit les modes opératoires qu’utilisent les mésanges charbonnières pour traquer les Chauves-Souris dans leurs crevasses avant de froidement tuer ces dernières. Impitoyables nos mésanges semblent exploiter à leur profit les cris émises par les Chauves-Souris lorsque celles-ci se réveillent (même brièvement). Ce qui est autant ironique que tragique étant donné que ces cris semblent avoir d’habitude la fonction inverse, à savoir dissuader et repousser certains prédateurs mammifères des Chauves-Souris. [2] Mais donc loin de dissuader les mésanges, ces cris permette au contraire à ces passereaux assoiffées de sang d’identifier la position exacte de leurs victimes qu’elles n’auront plus ensuite qu’à tuer, dépecer et dévorer avec une préférence pour la cervelle de leurs dites victimes!


Sizerins flammés (Acanthis flammea) tués par des mésanges charbonnières. Plus d'informations sur le blog «Tetrapod Zoology» de Darren Naish.

Mais un avocat zélé de nos mésanges rétorquerait que le comportement prédateur de ces dernières, ne s’exprime que dans des conditions extrêmes à savoir en hiver lorsque le froid et le manque de nourriture se font cruellement sentir! Après tout c'est également dans certaines circonstances particulières, par exemple en cas de sécheresse, que certains «Pinsons de Darwin» pourtant granivores se transforment en véritables vampires, alors bon que des mésanges tuent quand il fait froid avec rien à bouffer d'accord mais cela n'a peut-être lieu que dans des situations exceptionnelles.  C’est sans doute en partie vrai, hélas comme le souligne l’étude de Péter Estók et al les mésanges charbonnières n’hésitent pas à mobiliser leur talent de tueuses durant la belle saison, mettant à mort d’autres oiseaux dans le cadre de compétions pour les meilleurs lieux de nidifications! [3] Bien évidemment nous savons déjà tous que certains oiseaux sont de redoutables prédateurs mais que cela vienne de petits passereaux semblant parfaitement inoffensifs cela peut en surprendre plus d'un y compris votre serviteur!

Tueurs à plumes!
 
Les mésanges charbonnières nous rappellent donc que même les plus petits et apparemment inoffensifs des passereaux, peuvent s’avérer être les plus redoutables des tueurs, mais si vous êtes un lecteur régulier du présent blog, ou simplement un passionné de bio-évolution, cela doit vous rappeler qui étaient les plus proches cousins de nos oiseaux, à savoir les redoutables Deinonychosauriens (aussi appelés communément «raptors»)! À ce titre Darren Naish souligne que les passereaux s’adonnent parfois à de violentes bagarres «à la Vélociraptor».

 
Mésanges charbonnières en plein combat.

Dit autrement nos amis à plumes même les plus petits, duveteux et si mignons puissent-ils nous paraître, n’en sont pas moins les dignes héritiers des redoutables prédateurs Deinonychosauriens du Mésozoïque! Cela m’amenant à une dernière réflexion, ou plutôt à un coup de gueule! Oui un coup de gueule contre ceux qui prétendent que la présence de plumes chez les dinosaures rendrait ces derniers moins effrayants! Certains pensant réellement qu'un 
«raptor» recouvert de plumes n'aurait plus grand intérêt car ne ferait plus peur et, comme me l'avait signalé Ethaniel, reviendrait même chez certains à véritablement briser un rêve d'enfance!

Certes ce genre de réactions vis-à-vis des dinosaures à plumes m'amuse, mais parfois comme c'est le cas pour Brian Switek cette hostilité pour ne pas dire mépris à l’encontre des dinosaures à plumes m’agace au plus haut point car pourquoi diable un «raptor» serait-il moins effrayant parce que couvert de plumes? Souvenez-vous des œuvres des mésanges, précédemment citées, mais essayez également de vous représenter, comme l’a dit Brian Switek, un «raptor» en train de laver son plumage du sang de son dernier forfait! Ou mieux encore souvenez-vous des possibles modalités de mise-à-mort qu’impliqueraient (peut-être) les avant-bras emplumés des «raptors». [4]

Petite BD de xkcd comics et reconstitution d'un Deinonychus en pleine capture et mise à mort de sa proie, issue de l'étude de PLoS ONE mentionnés dans la BD ci-dessus! [4]

Et avec ça certains affirment que les plumes rendraient les «raptors» moins effrayant c’est à n’y rien comprendre! Bref pour la justice que nous nous devons de rendre aux dinosaures et plus spécifiquement aux Deinonychosauriens, n’oubliez pas que ces derniers avaient des plumes. Et vu que «Jurassic Park 4» continuera très probablement à nous montrer des «raptors» sans plumes il ne faudra pas compter sur moi pour aller voir ce film qui ne rendra donc nullement justice à ces fascinants dinosaures!*

* Oui je sais que beaucoup justifient cette absence probable de plumes par la contrainte de la «continuité scénaristiques». Pour eux le quatrième opus de la franchise «Jurassic Park» ne peut se permettre de montrer des «raptors» à plumes car ces derniers n'en avaient pas durant les précédents opus de la saga. Mais bon l'intérêt de «Jurassic Park» en 1993, était justement qu'il mettait en scène des dinosaures correspondant aux avancées de la «Renaissance des Dinosaures» (malgré des inexactitudes non-négligeables pour certains dinosaures). Or là le quatrième opus de «Jurassic Park» va probablement assoir son noble postérieur sur deux décennies d'avancées scientifiques pour nous montrer des «raptors» à peau uniformément écailleuse ne correspondant donc nullement à ce que nous savons aujourd'hui de ces animaux et participera donc à diffuser une image fausse de ces fascinants animaux auprès du grand public! Quel gâchis!

Références:

[1] Péter Estók, Sándor Zsebők and Björn M. Siemers (2013), Great tits search for, capture, kill and eat hibernating bats, Biology Letters Royal Society Publishing

[2] K.A.Martin and M.B. F
enton (1978), Possible defensive function for calls given by bats (Myotis lucifugus) arousing from torpor, Canadian Journal of Zoology

[3] Juha Merilä and David A. Wiggins (1995), Competition for Nest Holes Causes Adult Mortality in the Collared Flycatcher, The Condor


[4] Denver W. Fowler et al (2011), The Predatory Ecology of Deinonychus and the Origin of Flapping in Birds, PLoS ONE

mercredi 20 mars 2013

Petite parenthèse IDiote

 Si jamais ce singe est un Nasique.

Laurence A. Moran les appels IDiots car comment qualifier par d'autre termes les partisans de l'ID («Intelligent Design»)? Récemment le site «Evolution News and Views», l'IDiot David Klinghoffer nous a sorti une des plus magnifiques perles dont seuls les IDiots ont le secret, à savoir la démonstration du «Dessein Intelligent» par la faible pilosité humaine! Pour ce faire David Klinghoffer se base sur les propos de Nina Jablonski, celle-ci évoquant (et soutenant) le scénario selon lequel nos ancêtres auraient perdu leur poils pour facilité la perte de chaleur que nécessitait la station debout et la pratique de la «course-à-pied» (qui aurait été utile d'un point de vue sélectif et bien évidemment lié à notre spécialisation à la locomotion bipède). Nina Jablonski soutenant également que cette perte de pilosité aurait également entrainé un assombrissement de la peau de nos ancêtres, sachant que ces derniers vivaient alors très probablement en Afrique et qu'un taux de mélanine élevé est nécessaire pour se protéger des rayonnements ultra-violets (Nina Jablonki présume donc comme d'autres que les premiers représentants du genre Homo étaient «noirs»). En se basant sur ce récit simplifié (et il faut le reconnaitre mis en avant de manière trop péremptoire par Nina Jablonski), David Klinghoffer en déduit qu'il tient là une démonstration flagrante de la supériorité du «Dessein Intelligent» par-apport au «darwinisme»!

 David Klinghoffer (ci-dessus) vous explique (ci-dessous) la démonstration du «Dessein Intelligent» par l'absence de poils!
«Mais comme Jablonski le fait également remarquer, sous leur fourrure les chimpanzés ont la peau claire. Otez leur la fourrure et vous avez donc un animal de couleur claire qui sous le chaud soleil africain, serait extrêmement vulnérable aux rayons nocifs du soleil. Donc, vous avez besoin d'une peau foncée. Mais donc que serait l'avantage évolutif de cela [la peau foncée] avant la transition menant à une perte des poils? Aucune c'est évident. Alors, qu'est-ce qui est apparu en premier? La course à pied? Mais cela nécessite une absence de fourrure. L'absence de fourrure alors? Mais cela nécessite la peau foncée. OK donc la peau sombre est apparue en premier? Mais cela revient en quelque sorte à anticiper son utilité future avant que le moindre avantage évolutif entre en jeu, ce qui semble donc être dangereusement téléologique. L'évolution darwinienne ne peut pas mettre ainsi des choses de côté à l'avance, avec une vue vers de leur utilité à un stade ultérieur de l'évolution de la lignée. D'un autre côté cette anticipation est une caractéristique du Dessein Intelligent, avec laquelle nous sommes tous familiers dans notre vie quotidienne. Dans le cas contraire, cet aveugle barattage darwinien semble avoir eu beaucoup de chance en sortant ensemble ces trois innovations simultanément juste au bon moment. Cela ressemble plus à une illustration d'une innovation à dessein, n'est-il pas?» David Klinghoffer
What the F...?

Bon ok que répondre à pareille démonstration d'ignorance, de bêtise et de mauvaise foi combinées? Si ce n'est qu'en bon IDiot David Klinghoffer se raccroche à une vision ultra-adaptationniste de l'évolution, à un «darwinisme naïf» voulant qu'une espèce devrait toujours, à n'importe quelle moment de son évolution, être parfaitement adapté à son milieu? Cette mauvaise cariacture de l'évolution, limitée à sa seule dimension «darwinienne» (vision des plus caricaturale qui plus est) permet donc à David Klinghoffer de s'attaquer ni plus ni moins à un stupide épouvantail!


Certes dans ce cas-ci on pourrait également reprocher à Nina Jablonski de privilégier elle-même de manière quasi-exclusive des scénarios adaptationnistes alors que des causes non-adaptatives pour la perte de notre pilosité sont également tout à fait plausibles. Mais cela n'excuse cependant en rien la bêtise de David Klinghoffer car celui-ci force alors le trait en n'envisageant pas une seule seconde le fait qu'une espèce peut-être très bien survivre sans être optimale sur tous les points (à ce titre souvenez-vous de l'exemple du clitoris de la Hyène) et donc exclue fallacieusement toute possibilité de «coévolution»* des différentes caractéristiques phénotypiques mentionnées ici. Bref vous l'avez compris de la bêtise créationniste pur jus!

Bon aller je referme ici la parenthèse IDiote, celle-ci étant juste une piqûre de rappel du véritable niveau intellectuel de ce créationnisme sophistiqué nommé «Dessein Intelligent».

* Oui je sais le terme «coévolution» est habituellement réservé à des espèces distinctes évoluent chacun en fonction de l'autre en raison de leurs influences réciproques. Mais bon ce terme reste ici pratique pour décrire l'évolution de différentes caractéristiques phénotypiques ayant un impact sur d'autres du point de vue sélectif au sein d'une même espèce.

samedi 16 mars 2013

Intelligence, héritabilité et plasticité cérébrale


Si vous avez suivi la semaine thématique sur le cerveau proposé par le C@fé des Sciences. Vous aurez peut-être noté que notre cerveau s’avère fortement malléable à certains facteurs environnementaux. Ainsi il semble que l’allaitement ait un effet important sur le développement ultérieur de certaines capacités cognitives! Néanmoins certains soulignent (en parti à juste titre) que notre intelligence serait également fortement héréditaire. Pour déterminer l’héritabilité de l’intelligence ils utilisent généralement les études sur les jumeaux, voir même plus récemment la méthode dite «Genome-wide association studies» ou GWAS (cette dernière méthode étant arrivé à une estimation de l’héritabilité de l'intelligence tournant autour des 50%) [1]. Et de manière plus précise, comme mesure de l’intelligence, ces études utilisent bien évidemment les tests de QI. Même si certains peuvent pointer à juste titre les limites des tests de QI ainsi que le fait que certains chercheurs aient utilisé et interprété ces tests n’importe comment. Mais donc dans le présent billet nous allons dans un premier temps partir du principe que les études ayant tentées de contrôler au mieux les variables environnementales pour ensuite prendre parti pour une thèse «héréditariste» (comme les appelle communément certains), les ont effectivement bien contrôlé. Ainsi dans les prochaines lignes j'expose très brièvement en quoi consiste la  position «héréditariste» afin de voir où celle-ci nous mène, puis au final nuancée voir même critiquer dans une certaine mesure la dite hypothèse aux regards de quelques autres faits.

«Le QI est hautement héréditaire et son héritabilité augmente avec l’âge»

Cette assertion est généralement au centre des thèses «héréditaristes». La base de celle-ci est généralement constituée par les études sur les jumeaux. Par exemple prenez deux vrais jumeaux élevés séparément, durant les premières années de leur vie (aux alentours de 7 ans) le QI de nos deux jumeaux aura tendance à être plus ou moins dissemblables en raison des environnements différents dans lesquels ils évoluent. Mais au fur-et-à-mesure que nos deux jumeaux grandissent leur QI s’égaliseront de plus en plus malgré le fait d’être toujours séparés, si bien que généralement une fois adultes nos deux jumeaux auront un donc des QI très semblables (en moyenne seulement car des exceptions existent). Chez les faux jumeaux cette similitude étant bien moindre et donc cela confirmant la haute héritabilité du QI. Mais ce n’est pas tout car il y a une autre dimension très importante souvent invoquée par les partisans de cette position «héréditariste». En effet cette dernière stipule que ce n’est pas tant l’environnement qui explique donc le haut QI des individus (l’environnement aurait un impact très limité), ce serait plutôt le haut QI inné des individus qui expliquerait l’environnement dans lesquels ces derniers évoluent.
Dans nos sociétés modernes,  une personne ayant un patrimoine génétique conférant un haut QI, excellerait dans ses études (les sociétés modernes étant généralement dépeintes comme étant de véritables méritocraties même imparfaites par les partisans de cette thèse), et donc se créeraient eux-mêmes un environnement favorable à un haut QI. Certains partisans de ces thèses allant donc même jusqu’à soutenir que la stratification sociale serait en bonne partie un reflet des inégalités génétiques en matière d’intelligence!

Graphe représentant la supposée augmentation de l'héritabilité QI durant la croissance des individus. Ainsi le QI serait beaucoup plus héritable chez les adultes que chez les enfants. Image tirée de Matt McGue et al (1996). [2]
 
Alors bon pour les quelques lignes qui suivent imaginons que la position «héréditaristes » (même si non-formellement définie) soit vraie, à savoir que les enfants dotés d’un génome favorisant une haute intelligence (ici mesuré par le QI même si la plupart d’entre-vous, êtes déjà au courant des limites importantes des dits tests de QI) se créé eux-même un environnement favorable intellectuellement parlant et non l'inverse! Si, si je vous demande d’adhérer pleinement à cette hypothèse, embrassez cette dernière, roulez-lui une pelle ou mieux encore faites lui l’amour tendrement , vous comprendrez pourquoi! Donc selon la dite hypothèse les enfants dotés d’un génome favorisant une haute intelligence, se créent eux-mêmes un environnement favorable intellectuellement en réussissant bien à l’école et in fine en trouvant des jobs haut placés. Bon maintenant si vous suivez toujours bien la balle des yeux, souvenez-vous de l’héritabilité du QI qui augmente avec l’âge, et mettez en lien cette dernière «donnée» avec l’hypothèse précédemment mentionnée.

C’est bon vous avez pigé le truc?

Bon pour ceux qui roupillent au fond de la classe, on devine ici que l’augmentation de l’héritabilité du QI avec l’âge serait en réalité dût à un véritable effet feedback! C’est simple à comprendre l’enfant qui réussit mieux à l’école dès les premières années de sa scolarité en raison comme on le suppose ici, d’un avantage cognitif quelconque lui-même lié à certaines particularités génétiques (particularité génétique conférant peut-être une meilleure mémoire visuelle ainsi qu’une «bosse des maths»), va dès le départ mieux s’accrocher à ses études, sa facilité le motivant davantage à ces dernières. Et cet investissement plus important consacré à ses études, va lui-même booster certaines capacités cognitives notamment celles favorisant une grande réussite aux tests de QI! Ben oui on remarque que dans cette hypothèse GxE prend la forme d’un gros effet feedback. C’est exactement ce qu’avait souligné Anders Stenberg, dans une récente et intéressante publication [3] où il illustre grossomodo la chose via l’analogie suivante. Imaginez deux jumeaux ayant une forte prédisposition génétique à être dépendant du tabac et/ou à en consommer et/ou à en augmenter la consommation une fois qu’ils ont commencé d’en fumer. Ces deux jumeaux, si vivant tous deux dans un environnement où le tabac est accessible auront de très fortes chances de développer tous deux un cancer du poumon. Dès lors on détectera une forte «héritabilité» chez ces jumeaux pour le cancer du poumon. Mais en réalité cette forte héritabilité du cancer, n’est issue en bonne partie, que de la complexe interaction entre une prédisposition «psychique» et un type d’environnement particulier, à savoir ici un environnement où le tabac est disponible et sa consommation plus ou moins encouragée. Le cancer n’était donc pas une fatalité «innée» chez ces jumeaux car là aussi nous avons une suite d’interactions complexes incluant également un Feedback positif.


Oui parce que par dire que le feedback est  «positif» pour quelque chose dont la conséquence finale est un «cancer», pourrait limite passer pour de l'humour noir!

Dès lors vous l’avez compris on a un petit problème (euphémisme) pour dissocier l’impact de l’environnement de celui des gènes, car après tout quelles «capacités cognitives» ou même comportementales de base faut-il pour avoir beaucoup plus de chance de s’accrocher davantage à ses études et donc ainsi améliorer ses chances de booster son QI au fur et à mesure de sa scolarité? Et à ce titre cela nous amène donc inévitablement aux biais environnementaux.


Les biais sont de retour!

Et donc nous revoilà à tomber dans la complexité que représente l’interaction entre le «substrat génétique» et l’environnement ce qui nous amène inévitablement à nous poser pas mal de questions sur l’interprétation que nous pouvoir de certains résultats ainsi des «biais environnementaux» potentiels! Car bon si les vrais jumeaux étudiés, même si élevés séparément, évoluent dans des environnements sociaux similaires, nous comprenons que l’héritabilité élevé du QI chez les jumeaux en question aura certes une composante génétique mais également une importante composante environnementale indissociable de la première via l’effet feedback précédemment mentionné. Et c’est là que s’ajoutent des biais potentiels pouvant affecter ce type d'étude. Par exemple, comme l’avait souligné le généticien Bertrand Jordan les vrais jumeaux élevés séparément ne sont généralement non seulement pas élevés dans des environnements sociaux différents (en fait même généralement dans des environnements très semblables) mais en plus souvent se connaissent et se sont déjà vu à plusieurs reprises. [4] De plus se pose une autre question, la motivation des jumeaux à participer à ce genre d'étude et l’impact que cette motivation peut avoir dans la parcours de vie respectifs des deux jumeaux en question, notamment s’ils ne tendent pas à faire les mêmes choix et parcours de vie ou tout du moins des parcours très similaires. Pour le cas de la comparaison vrais jumeaux contre faux jumeaux, ces biais ont également un impact possiblement important. [5] Alors certes l’impact génétique peut néanmoins toujours avoir lui aussi un rôle important, mais donc toujours dans le cadre de cet effet feedback, comment être sûr de dissocier sans risque de se planter, l’impact des gènes de celui de l’environnement? Voilà une question difficile à résoudre et si vous ajoutez à cela l’impact de l’épigénétique [6] et l’impact de facteurs environnementaux que l’on pensait pourtant anodin, sur les performances obtenues lors d’un test de QI [7], vous n’arrangez rien quant à la complexité de la thématique! Car souvenez même si le QI est héritable (comme semble le montrer l’étude utilisant les GWAS mentionnée au début du présent article) cela ne veut donc pas dire qu’il ne peut pas être également fortement malléable, l'importante plasticité cérébrale de notre espèce étant largement avéré! Dès lors sans remettre en cause le fait que notre intelligence soit tributaire d'importants facteurs génétiques et même en admettant que les études sur les jumeaux ont permis d'établir l'existence de ces facteurs importants, rien ne permet d'affirmer péremptoirement une proposition voulant que la stratification sociale reflète la distribution d'inégalités génétiques en matière d'intelligence!

Conclusion:

On ne le dira jamais assez l'esprit humain est quelque chose de complexe tout comme la génétique. Dès lors si vous pensez que vous pouvez comprendre de manière simpliste l’intelligence humaine (qui ne se réduit guère aux résultats obtenus aux tests de QI), sa composante génétique et sa distribution entre individus (voir même au sein des diverses populations humaines) via simplement quelques résultats de tests standardisés et quelques statistiques, vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate! C’est pourtant ce que prétendent faire certaines personnes, y compris des psychologues, souvent en ignorant non seulement la complexité que représente pareille thématique du point de vue biologique mais également la complexe toile de fond «sociologique» dans laquelle s’enracine ces questions (comment notre environnement social et culturel impacte notre parcours de vie et donc in fine notre psyché) pour le moins complexes et controversées. Néanmoins vous pouvez donc retenir deux choses, qui au finale ne sont pas surprenantes mais utiles à rappeler à savoir que notre intelligence est à la fois
«héréditaire» (donc en partie déterminée par notre génome) et malléable.

Références:

[2] Matt McGue et al (1996), Behavioral Genetics of Cognitive Ability : A Life-Span Perspective, in Nature, Nurture, and Psychology, Edited by Robert Plomin and Gerald E. McClearn 1996

[3] Anders Stenberg (2012), Interpreting estimates of heritability – A note on the twin decomposition, Economics and Human Biology

[4] Bertrand Jordan (2000), Les imposteurs de la génétique, Éditions du Seuil 2000

[5] Jay Joseph (2002), Twin Studies in Psychiatry and Psychology: Science or Pseudoscience? Psychiatric Quarterly


[7] Andrew J. Elliot et al (2007), Color and psychological functioning the effect of red on performance attainment, Journal of Experimental Psychology

samedi 2 mars 2013

La dérive génétique peut vous briser le cœur!


  Petit rappel imagé du principe de dérive génétique et d'effet fondateur

Le titre du présent article est bien évidemment dérivé du titre d’un article de l’anthropologue John Hawks. L’article de ce dernier m’avait au moins autant surpris qu’il avait surpris le biochimiste Laurence A. Moran. Et pour cause dans l’article John Hawks tiens des propos pour le moins surprenant pour un anthropologue spécialisé en évolution humaine et en génétique des populations. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet que les choses soient clair, je ne prétends pas que John Hawks ignore la complexité d’un domaine pour lequel il est un spécialiste et je ne prétends donc pas qu’il est incompétent ou pire encore malhonnête. Bien au contraire John Hawks est tout le contraire. Certes comme tout scientifique il est partial, c’est-à-dire ici privilégié son hypothèse plutôt que d’autres, mais quoi de plus normal c’est le cas de tous les chercheurs aussi pas de quoi attaquer la crédibilité de John Hawks loin de là!

Dans cet article John Hawks mentionne une étude consacrée au cas d’une mutation génétique et plus exactement une délétion, responsable d’une grave déficience cardiovasculaire. [1] Cette délétion n’est cependant présente que dans une région spécifique du monde, à savoir la péninsule indienne où sa fréquence varie aux alentours des 4% un peu plus ou un peu moins en fonction des régions.

Les auteurs de l’étude en question soulignent que cette mutation délétère est probablement apparue aux alentour d’il y a -30'000 ans et s’est ensuite répandue dans la péninsule indienne par simple dérive génétique. Et c’est ce dernier point qui fait grincer les dents de John Hawks car pour ce dernier cette mutation délétère n’aurait pas pu atteindre une pareille fréquence dans la région en si peu de temps!


Les auteurs de l’étude précédemment mentionnées, souligne que cette mutation délétère est probablement apparu aux alentour d’il y a -30'000 ans et s’est ensuite répandu dans la péninsule indienne par simple dérive génétique pour atteindre les fréquences que montre la carte ci-dessus. [1]
 

En effet pour John Hawks l’idée que cette délétion ait pu se répandre par simple dérive génétique ne tient pas, car il estime que la mutation serait apparu dans une population de 100'000 individus et que ces 100'000 individus représenteraient la « population effective » (c’est-à-dire que les individus de cette population se reproduiraient librement les uns des autres sans barrière géographique, culturelle ou autre) donc une population de 100'000 individus qui ne se subdiviseraient donc pas réellement en plusieurs sous populations! Or bien sûr en posant les choses ainsi John Hawks montre qu’il est extrêmement improbable qu’une copie unique atteigne la fréquence moyenne de 4% au sein de la population indienne en seulement 30'000 ans! Et que donc la délétion en question a forcément dû être positivement sélectionnée (ou éventuellement «liée» à un allèle positivement sélectionné), d’une manière ou d’une autre et donc exit la dérive génétique, la sélection naturelle doit être à l’origine de cette malheureuse délétion!

Or comme l’a noté le biochimiste Laurence A. Moran John Hawks omet ici la complexité des fluctuations démographiques et cela même s’il en a conscience. Car même en prenant une population de 100'000 habitants pour la péninsule Indienne, il va de soi que ces 100'000 individus étaient divisé en plusieurs sous-populations, avec parfois un fort dégrée de consanguinité et donc possiblement la fixation de cette mutation dans certaines des sous-populations en question. Dès lors la probabilité de voir cette mutation s’être répandu par simple dérive génétique, n’a plus rien d’extraordinaire. Mais c’est-là que John Hawks s’adonne à nouveau à une étrange remarque en affirmant que même si la mutation s’était répandu à haute fréquence chez certaines populations, celle-ci n’aurait guère pu se répandre dans l’ensemble de la région (péninsule) par simple dérive génétique.

Mais c’est alors que le dénommé Chris Nedin rappelle à John Hawks ce qui aurait pourtant dû être une évidence pour ce dernier, à savoir que la mutation aurait bien pu se répandre d’une population à l’autre dans la péninsule indienne, à partir du moment qu’il existe des échanges même limités d’une population à l’autre. Chris Nedin ironisant même sur le simplisme voir même la paresse intellectuelle que représente l’invocation d’explications adaptationnistes ad hoc (les fameuses «Just-so-stories»). À cela j’ajouterais que la population dans laquelle une mutation atteint une forte fréquence par simple dérive génétique, peut ensuite connaître une très forte expansion pour de nombreuses raisons (culturelles, sociales, économiques et militaires) et donc diffuser certains de ces allèles de manière importante à d’autres populations. D’ailleurs combien de descendants a eu Gengis Khan?

À ce titre John Hawks semble également avoir ignoré le fait que Larry Moran avait déjà enfoncé le clou dans son article, en rappelant comment une mutation sans aucune valeur sélective voir même faiblement délétère, peut rapidement augmenter en fréquence en quelque 200 ans seulement. L’exemple de Laurence A. Moran étant celui d’un allèle particulier favorisant l’apparition de la Maladie de Huntington, une maladie dégénérative apparaissant également en moyenne entre 40 et 50 ans et dont l’allèle mentionné ici échappe donc en bonne partie à la sélection naturelle car ne se manifestant qu’après que les individus aient pu se reproduire (au-delà de 30 ans). Et donc malgré le caractère délétère de cet l’allèle celui-ci est aujourd’hui portée par 18'000 individus dans la région du Lac Maracaibo au Venezuela (je sais c’est impressionnant mais donc néanmoins tout à fait possible). Or cet allèle s’est répandu dans cette région via une femme unique ayant vécu il y environ 200 ans. Bien qu’en réalité l’origine et la dispersion de cette maladie est un peu plus complexe mais donc il semble tout du moins bel et bien que 96% des personnes affectées dans la région ait hérité de cet allèle via cet ancêtre commun récent!
[2]

Les porteurs de l'allèle responsable de la Maladie de Huntington, précédemment mentionné, sont concentré dans la région du Lac Maracaibo bien visible en haut à gauche sur la présente carte.

J’ignore quelle était la population du Venezuela au cours de ces 200 dernières années mais je ne pense pas qu’elle se réduisait à quelque centaines d’individus seulement cela n’ayant donc cependant pas empêché la mise en place d’un important «Effet Fondateur» dans une région spécifique du Venezuela. Car cette mutation a pu se répandre de manière assez simple probablement via une conjonction de facteurs sociaux, culturels et/ou économiques, au sein d’une région particulière où il y avait peut-être une certaine consanguinité lié à un relatif isolement social, culturel et/ou géographique des habitants. Dans tous les cas invoquer ici la sélection naturelle paraît difficilement tenable rien n’indiquant que cette mutation ait un impact positif sur le taux de reproduction. L’exemple de Laurence A. Moran illustre comment une mutation même délétère peut augmenter rapidement en fréquence dans des conditions particulières l’évolution démographique humaine étant souvent irrégulière et dans tous les cas très complexes. Aussi vous l’avez compris John Hawks utilise des modèles certes utiles et pertinents mais il omet ici leur limite car se heurtant à une réalité complexe ne se laissant pas capturer par les modèles probabilistes en question.

Cet étrange parti pris en faveur de la sélection naturelle de la part de John Hawks peut surprendre mais elle est à mettre directement en lien avec la célèbre étude qu’il avait publié en 2007, étude qui stipulait que l’évolution adaptative de notre espèce, se serait énormément accélérée durant les 40'000 dernières années! [3] Cette hypothèse a été reprise en grande pompe dans les médias, car l’idée que notre espèce non seulement évoluerait toujours (comme si notre évolution pouvait être stoppée) mais en plus extrêmement vite, éveille vite certains fantasmes!

Mais hormis les assertions fantaisistes, voir même parfois les bêtises qu’ont hélas inspiré chez certains, l’étude de John Hawks et al, le problème est que les conclusions de celle-ci ne sont de loin pas admises par l’ensemble des spécialistes. Par exemple les auteurs d’une étude autrement plus détaillée sur les probables «signaux génétiques» trahissant des événements sélectifs passées, se montrent très sceptiques vis-à-vis des assertions de John Hawks et al.
«This suggests that distinguishing true cases of selection from the tails of the neutral distribution may be more difficult than sometimes assumed, and raises the possibility that many loci identified as being under selection in genome scans of this kind may be false positives. Reports of ubiquitous strong (s = 1 - 5%) positive selection in the human genome (Hawks et al 2007) may be considerably overstated.» Joseph K. Pickrell et al (2009) [4]

Cela n’a d’ailleurs pas plu du tout à John Hawks. Mais donc le problème subsiste, car comme déjà mentionné les modèles qu’emploient John Hawks et al ne prennent de loin pas en compte toute la complexité de la dynamique démographique et migratoire qui a dû caractériser les populations humaines durant les 40'000 dernières années. Dès lors même si selon les modèles de John Hawks et al bon nombre des «Déséquilibres de Liaisons» seraient compatibles avec des événements sélectifs importants et récent et non pas par de simples cas de dérive génétique, on peut se montrer hautement sceptiques. Car ces modèles ignorent très probablement de nombreux «événements démographiques» pouvant potentiellement rendre les conclusions faites à partir des dits modèles, en grande partie erronées! Pour autant je n’enterre pas définitivement l’hypothèse de John Hawks et al mais donc je rejoins totalement la position de Joseph K. Pickrell et al (2009) ainsi que Laurence A. Moran, selon laquelle la dite hypothèse stipule quelque chose de probablement fortement exagérée.


Qu'on se rassure malgré leurs désaccords Laurence A. Moran (à gauche) et John Hawks (à droite) font toujours preuve d'une entente cordiale!

Et donc que retenir de tout cela ? Simplement qu’il faut se méfier des conclusions hâtives! Et dans ce cas-ci j’ajouterai simplement que John Hawks est simplement partial dans le sens qu’il privilégie la «sélection naturelle» sur l’évolution neutre via notamment la dérive génétique. Et vous l’avez compris Laurence A. Moran comme beaucoup d’autres (dont ma petite personne) privilégient plutôt l’évolution neutre! À ce titre il semble bel et bien que la majeure partie de la «divergence génétiques» entre les populations humaines actuelle soit le fruit de l’évolution neutre. [5] Même si donc John Hawks continue de soutenir que cela serait compatible avec sa théorie tandis que d'autres tels que Dienekes ou Daniel MacArthur y voient potentiellement un problème pour la dite théorie. Car voilà encore une fois je le précise, le but du présent billet n’est pas de dire «John Hawks se plante complètement» mais simplement comme l’avait déjà soulevé Laurence A. Moran, que l’hypothèse de John Hawks et al est bel et bien une hypothèse qui n’est pas prouvée, peut-être le sera-t-elle un jour mais peut-être ne le sera-t-elle jamais (et donc je m’abstiens de tout pari là-dessus)! Dès lors vous l’avez tous compris je pense qu’il faut toujours prendre avec des pincettes certaines hypothèses et cela même si elles sont le fait de scientifiques honnêtes, compétents et ayant eu raison sur d’autres points.

Addendum:
 
Vous noterez que dans le présent message je ne suis pas revenu sur certains détails, notamment sur ce en quoi consisterait concrètement la très forte évolution adaptative qui aurait récemment affecté les populations humaines. John Hawks et al ne donnent que bien peu d’exemples, certes ils mentionnent la pigmentation, la capacité de digéré le lactose à l’âge adulte et la résistance à certaines maladies, le truc étant que personne ne nie l'existence d'adaptations durant l'histoire évolutive récente de notre espèce. Mais donc les exemples précédemment mentionnés même si très intéressants, ne constituent pas en eux-mêmes une démonstration de la thèse défendue par John Hawks et al. Je ne mentionne même pas certaines hypothèses particulièrement grotesques qu'ont formulé certains des collègues de John Hawks et qui ont déjà été décortiquées et réfutées par d'autres.

Références:
 
[1] Perundurai S Dhandapany et al (2009), A common MYBPC3 (cardiac myosin binding protein C) variant associated with cardiomyopathies in South Asia, Nature Genetics

[2] Irene Paradisi, Alba Hernández and Sergio Arias (2008), Huntington disease mutation in Venezuela: age of onset, haplotype analyses and geographic aggregation, Journal of Human Genetics

[3] John Hawks et al (2007), Recent acceleration of human adaptive evolution, Proceedings of the National Academy of Sciences

[4] Joseph K. Pickrell et al (2009), Signals of recent positive selection in a worldwide sample of human populations, Genome Research

[5] T. Hofer, N. Ray, D. Wegmann and L. Excoffier (2009), Large Allele Frequency Differences between Human Continental Groups are more Likely to have Occurred by Drift During range Expansions than by Selection, Annals of Human Genetics

mardi 5 février 2013

Origine de l'Homme Moderne: Erreurs et sophismes de Bernard Lugan


Bernard Lugan est un historien spécialiste de l'Afrique qui a fait l'objet de controverses. Cependant mes connaissances de l'Histoire africaines étant limité je ne peux pas juger de la validité de ses travaux. En revanche ce que j'ai pu mettre en avant ce sont les erreurs flagrantes de Bernard Lugan en matière de paléoanthropologie et plus exactement celles concernant la question de l'origine de l'Homme anatomiquement moderne. J'avais d'ailleurs déjà adressé une réponse à Bernard Lugan (que je lui avais communiqué par mail), j'avais également consacré une mise au point détaillée concernant un dossier de «Sciences & Vie» sur lequel Bernard Lugan basait ses dires. Mieux plus récemment j'ai même posté divers articles concernant l'origine de l'Homme modernes en y exposant notamment les controverses et incertitudes actuelles. Aussi de manière particulièrement naïve, je pensais que Bernard Lugan allait prendre note de ma réponse ou tout du moins se renseigner davantages sur ses erreurs initiales pour lesquelles je lui avais répondu. Mais j'ai rapidement dû déchanter lorsque je suis tomber sur l'entretien radiophonique suivant où Bernard Lugan discute de son dernier livre intitulé «Mythes et Manipulations de l'Histoire Africaine».


Si vous écoutez cet entretien de 5.45 min à 8.40 min, là où Bernard Lugan parle de l'origine de l'Homme Moderne, vous aurez un concentré de faussetés et de raccourcis idéologiques, particulièrement affligeants pour ne pas dire complètement grotesques! Aussi ci-dessous je me fend donc d'une nouvelle réponse à l'intéressé et cela même si il est fort possible que celui-ci l'ignore et ne me réponde jamais (mais bon qui sait)!
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Monsieur Lugan Bonjour

Il y plus d'un an et demi maintenant je vous avais adressé une réponse concernant un communiqué de votre blog traitant de l'origine de l'homme moderne. Dans cette réponse j'avais fait quelques mises au point sur la théorie de «l'Ève Africaine» souvent mal comprise et que vous enterriez à tort sans vraiment la comprendre, sans même non plus connaître les diverses données génétiques sur lesquelles se base cette dite théorie. De la même manière vous témoigniez déjà dans votre communiqué d'une certaines ignorance en paléoanthropologie. J'espèrais naïvement que vous prendriez en compte mon article pour mieux vous renseignez ensuite par vous même en matière de paléoanthropologie. Hélas dans votre dernière intervention radiophonique sur «Radio Courtoisie», j'ai constaté le contraire, vous répéter les mêmes erreurs. Aussi j'ai retranscrit ci-dessous les propos que vous avez tenu en ce qui concerne l'origine de l'Homme moderne afin de vous répondre de manière approprié.

Intervieweur: La question des origines africaines supposées de l’Homme en général avec un «H» majuscule.
Bernard Lugan: Oui alors là nous sommes exactement toujours dans le même mythe, le mythe de l’unicité et le mythe de la dispersion donc tout est unique, il n’y a qu’une explication et tout part d’un seul foyer! Cette idée est une idée qui ne repose plus sur des réalités scientifiques toutes les découvertes qui sont faites vont dans le sens de plusieurs foyers, de plusieurs foyers qui sont assez contemporains d’ailleurs. Et ces foyers dans l’état actuel des connaissances il y en a trois. Il y a un foyer africain, il y a un foyer asiatique et il y a un foyer européen. Le foyer européen qui se situe grosso modo dans la région de l’Ukraine de cette zone…..trois foyers! Et les populations actuelles vont dévier de souches archaïques d’Homo erectus de ces trois foyers.

Désolé Monsieur Lugan mais vous témoignez ici d'une ignorance particulièrement affligeante des connaissances et débats entourant la question de l'origine de l'Homme moderne. D'une part les plus anciens ossement attribués à Homo sapiens sont africains et datent d'il y a plus de 150'000 ans! [1] Par la suite nous avons les plus anciens ossement d'Homo sapiens situés hors d'Afrique à savoir au Levant [2], vieux d'il y a près de 100'000. Et nous avons même divers artefacts archaéologiques montrant qu'Homo sapiens avait probablement déjà quitté le continent Africain entre 130'000 et 100'000 ans. [3] Mais donc à l'époque pas de traces d'Homo sapiens en Europe, à l'époque l'Europe était peuplé de Néandertaliens. L'Homme moderne n'ayant colonisé le continent que bien plus tard, probablement aux alentours de 50'000 avec l'arrivée de la Culture Aurignacienne. Dès lors nous n'avons pas un Foyer Européen duquel l'Homme Moderne aurait émergé de manière indépendante des autres continents, mais bel et bien une arrivé tardive de l'Homme moderne en Europe depuis le Moyen-Orient, avec à terme un remplacement de populations, à savoir la disparition de l'Homme de Neandertal.

Fossiles des voûtes crâniennes d’Omo I et d’Omo II. Les plus anciens vestiges d'Homme modernes connus. Omo I, étant nettement plus anciens que -150'000 ans et probablement vieux d’environ 195'000 ans! Image tirée de John G. Fleaglea et al (2008) [1]

Tout cela se vérifie archéologiquement mais aussi génétiquement. En effet l'Homme moderne s'est de tout évidence en partie métissé avec certains Néandertaliens (métissages ayant probablement eu lieu en bonne partie au Moyen-Orient ont les Hommes Anatomiquement Modernes ont probablement cohabité relativement longtemps avec les Néandertaliens), mais donc la contribution Néandertalienne dans notre génome est relativement faible (estimé entre 1% et 4% dans tous les cas inférieur à 10%), et donc témoigne bel et bien d'une rupture c'est-à-dire d'un remplacement de populations avec disparition des Néandertaliens lors de l'arrivée des Homo Sapiens en Europe depuis le Moyen-Orient. [4] À cela nous pouvons ajouter les données issus des haplogroupes du chromosome Y ou de l'ADN mitochondriale pointant clairement vers une origine moyen-orientale et africaine des populations européennes actuelles.


Photo des corps retrouvés sur le site de Qafzeh en Israël. Ces ossements sont datés entre -80'000 à -120'000 ans probablement aux alentours de -100'000 ans. Et il s’agit bel et bien d’Homo sapiens c’est-à-dire d’Hommes anatomiquement modernes! [2]

Bernard Lugan: Et les chinois l’ont parfaitement démontré, les chinois qui n’ont pas les préventions que nous avons, qui sont libres par-apport aux dogmes universalistes. Les chinois ont démontrer que l’Homo erectus chinois a déjà des caractères pré-mongoloïdes qui vont se retrouver dans les populations asiatiques, donc toutes les découvertes vont dans ce sens et le professeur Coppens l’a reconnue lui-même en disant qu’il ne croyait plus en l’origine unique de l’humanité.

Monsieurs Lugan pensez-vous sincèrement que les Chinois seraient forcèment plus libres que les occidentaux en matière de dogmes? Prenons un exemple concret dont j'avais déjà discuté à savoir les propos du paléoanthropogue chinois Wu Xinzhi:
Wu Xinzhi: «En Asie la continuité a été le principal processus à l’œuvre, l’hybridation a certainement été faible.»
Par ces présents propos Wu Xinzhi soutient que les populations asiatiques descendraient d'Homo erectus asiatiques sans qu'il n'y ait donc eu de flux de gènes conséquents avec d'autres populations humaines en provenance d'Afrique et du Moyen-Orient, donc sans que les caractéristiques d'Hommes modernes des populations asiatiques actuelles aient une origine autres qu'asiatique. C'est d'ailleurs également la position que vous semblez défendre ici Monsieur Lugan. Problème Wu Xinzhi ignore l'ensemble des données génétiques et paléoanthropologiques qui s'opposent totalement à sa théorie. Données génétiques qui ont également été présentées par des scientifiques chinois, soutenant eux-aussi une origine africaines des populations asiatiques actuelles [5], chose dont j'avais discuté plus en détail dans mon précédent article!

Et cela m'amène donc aux propos d'Yves Coppens, propos qui diffère sensiblement de ceux de Wu Xinzhi, Yves Coppens affirmant bel et bien ceci:

Sciences et Avenir: «Comment expliquez vous dès lors que les généticiens remarquent un fort flux génétique venu d’Afrique il y a 150'000 ans?» Yves Coppens: «Si ils l’ont remarqué, il est probable qu’il ait existé une souche africaine ayant contribué à l’émergence de l’homme moderne. Mais ces Homo sapiens africains se sont forcément croisé avec les gens qu’ils ont rencontrés, qui étaient d’autres Homo sapiens. Isolés suffisamment de temps pour être un peu différents, mais pas suffisamment pour ne plus être féconds. Bref il y a sans doute eu un grand métissage.»

Contrairement à Wu Xinzhi, Yves Coppens soutient que le métissage (ou hybridation) est à l'origine des diverses populations humaines actuelles, y compris donc à l'origine des actuels asiatiques! Yves Coppens ne soutenant pas que les diverses populations d'Hommes Modernes soient apparus indépendamment les unes des autres dans des foyers séparés. Au contraire il soutient que les dites populations humaines n'ont cessé d'être reliées entre elles et d'évoluer ensembles via d'importants métissages et donc de migrations d'un continent à l'autre!

Ainsi même si les asiatiques actuels ont très probablement hérité de certaines caractéristiques morphologiques des Homo erectus asiatiques, la majeure partie de leur génome ainsi que les haplogroupes du chromosome Y  et de l'ADN mitochondriale [5], pointent vers une origine extra-asiatique et plus exactement africaine et moyen-orientale, correspondant à la migration des Homo sapiens à partir des régions précédemment mentionnées. Dès lors il n'y pas un foyer asiatique qui aurait vu l'émergence de l'Homme Moderne asiatique indépendemment de ce qui se passait sur les autres continents, au contraire il y a bel et bien une origine commune de l'Homme moderne qui en colonisant les autres continents s'est simplement en parti métissé avec des populations humaines archaïques tout en remplaçant peu-à-peu ces dernières.

Pour d'avantage d'informations sur les débats actuels concernant l'origine de notre espèce je vous met en lien trois de mes précédents articles consacré à l'évolution récente de notre espèce:




Et pour résumé rapidement le contenu des articles mis en lien ci-dessus je précise que l'évolution des connaissances actuelles en ce qui concerne l'Histoire évolutive récente de notre espèce, ne pointe pas vers trois foyers distincts d'apprition de l'Homme Moderne, foyers qui seraient situés en Afrique, Europe et Asie, mais bel vers une expansion de l'Homme moderne à partir d'Afrique et du Moyen-Orient. En ajoutant que durant cette expansion, expansion qui s'est très probablement faite en plusieurs vagues, les Homo sapiens ont peu-à-peu remplacé les populations humaines archaïques alors présentes en Europe et en Asie tout en se métissant dans une certaine mesure avec ces dernières.

Bernard Lugan: Mais là cette origine de l’humanité ça nous ramène aux notions religieuses, notions religieuses au départ et ensuite notions universalistes. Pourquoi? Parce qu’en disant que l’homme est originaire d’Afrique, ça veut dire que l’homme à l’époque ressemblait à un petit singe de quelque de 25 kilos….. «Comment pouvez-vous refusez l’immigration (rires complices dans le studio) alors que nos ancêtres sont africains? Nous sommes hommes citoyens de la Terre!» Et nous sommes là dans la grande logique universaliste et nous sommes dans la grande logique révolutionnaire qui lutte contre tous les enracinements, «l’enracinement c’est en danger» C’est pour cela que les mêmes vont dire que les ethnies n’existent pas!

Ach!

Bon d'accord Monsieur Lugan, je me remet de la consternation que m'inspire vos présents propos pour tenter malgré tout de corriger vos présentes erreurs et sophismes. Déjà de un que vient faire ici votre histoire de petit singe de 25 kilos? Vous êtes sensé parler ici de l'expansion de l'Homme moderne à partir du continent Africain, pas des Australopithèques, ces derniers ayant disparus longtemps avant l'apparition des premiers Homo sapiens! Dès lors selon la théorie de l'expansion hors d'Afrique aussi appelé «Out of Africa», lorsque les hommes modernes quittent le continent africains, ce sont bien évidemment déjà des êtres humaine anatomiquement modernes et non pas des petits singes de 25 kilos. S'il vous plaît Monsieur Lugan faites de l'ordre dans vos propos car vous vous attaquez à des épouvantails que vous semblez avoir vous-même créé, si bien que nous pourrions légitimement douter de votre honnêteté!

Nous pouvons d'autant plus en douter qu'ensuite vous attribuez aux tenants de la théorie du foyer unique («Out of Africa») des intentions purement politiques qui n'ont plus rien à voir avec les débats scientifiques ayant court en paléoanthropologie! La question de l'immigration dans nos sociétés contemporaines n'a strictement rien à avoir avec celle de l'origine de l'Homme Moderne, je dis bien rien! Dis autrement même si l'Homme moderne est bel et bien originaire d'Afrique cela ne nous dit bien évidemment pas si l'immigration actuelle en provenance de ce même continent, est souhaitable ou non (je ne vais d'ailleurs pas entrer ici dans une discussion sociologique, économique et politique sur l'immigration). Mais comble du n'importe quoi vous parler de gens qui prétendraient que les ethnies n'existent pas! Quel rapport avec la théorie dite «Out of Africa»? Bref encore une fois vous-vous attaquez-là à des épouvantails!

Conclusion

C'est avec regret Monsieur Lugan que je constate que vous ne vous êtes pas davantage renseigné en matière de paléoanthropologie depuis juin 2011 date à laquelleje vous avais écrit pour corriger certaines des erreurs que vous avez donc répété en grande pompe. Je trouve même votre présente intervention radiophonique particulièrement déplorable car totalement désinformative sur les connaissance réelles en matière de paléoanthropologie, votre intervention étant par ailleurs truffée de ce qui semble être de véritables épouvantails, bref de véritables démonstrations de malhonnêteté! Même si vous n'êtes pas vous-même paléoanthropologue (je ne le suis pas moi-même) nous pouvons malgré tout attendre bien mieux de la part d'un Historien, surtout lorsque le dit Historien se dit être réaliste! J'ignore si vous daignerez ou non à me répondre, que cela soit sur votre blog ou ailleurs. L'idéal serait que oui afin qu'en bon scientifique (je considère le métier d'Historien comme une discipline scientifique comme celles des autres sciences sociales) vous confrontiez votre point de vues aux arguments et aux données qui s'y opposent.

D'ici là je remet ci-dessous en lien deux articles que j'avais rédigé et qui concernaient directement la question de l'origine de l'Homme moderne en entrant notamment dans certains détails qui pourraient vous être fort utiles pour une meilleur compréhension des débats ayant court en paléoanthropologie sur cette fascinante thématique qu'est celle de l'origine de notre espèce.


Taux de Mutation et Évolution Humaine

En espérant que vous tiendrez compte des divers éléments qui vous ont été présentez ici.

Cordialement

Hans

Références:

[1] John G. Fleaglea et al (2008), Paleoanthropology of the Kibish Formation, southern Ethiopia: Introduction, Journal of Human Evolution

[2] Bernard Vandermeersch (2002), The excavation of Qafzeh, Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem


[4] Richard E. Green et al (2010), A Draft Sequence of the Neandertal Genome, Science

[5] Feng Zhang, Bing Su, Ya-ping Zhang and Li Jin (2007), Genetic studies of human diversity in East Asia, Philosophical Transactions of The Royal Society