jeudi 23 avril 2015

La consanguinité augmente-t-elle la fertilité?

Commençons par cette sympathique vidéo de l'excellente équipe de «Dirty Biology».



Dans cette vidéo Léo Grasset empale d'emblée un préjugé encore fortement ancré, à savoir celui voulant que la consanguinité serait forcément négative, ce qui n'est en effet de loin pas toujours le cas. Mieux comme l'avait rappelé le généticien André Langaney, la consanguinité peut même s'avérer bénéfique à partir du moment où la population consanguine a purgé les allèles délétères qui auraient été susceptibles de poser problème en cas d'homozygotie. La consanguinité n'est donc pas forcément négative. Et heureusement! Car comme le rappelle là encore André Langaney nos ancêtres ont dû sacrément cousiner et cela sur de nombreuses générations faute de mobilité et d'effectifs suffisants. Pour autant la consanguinité n'est pas sans risque. La mauvaise réputation de celle-ci a également des bases on ne peut pas plus substantielles. Car si des allèles délétères se baladent au sein d'une famille, ce qui est souvent le cas, alors gare à la consanguinité qui a tendance à favoriser l'homozygotie pour certains de ces allèles. Cependant cela n'est généralement vrai qu'en cas de forte consanguinité, si la diversité génétique au sein d'une population donnée est suffisamment importante, le cousinage au troisième et quatrième degré semble souvent pouvoir se faire sans que cela ne débouche sur des problèmes de santé. Mais cela la vidéo de «Dirty Biology» l'explique déjà très bien.

Cependant il y a un point majeur de la dite vidéo qui m'a laissé pour le moins circonspect. Il s'agit d'une étude publiée dans la revue «Science» soutenant une hypothèse voulant que la consanguinité favoriserait la fertilité. [1] L'étude en question porte sur des banques de données de diverses familles islandaises allant du début du 19ème siècle au milieu du 20ème siècle. L'analyse de ces données montre trois choses, (1) les unions entre cousins au premier degré débouche sur une fertilité moindre, probablement dû selon les auteurs à la dépression de consanguinité. (2) Les unions entre cousins du troisième et quatrième degré débouche en revanche sur la fertilité la plus élevée observée, avec non seulement davantage d'enfants mais également à terme de petits enfants. (3) Les unions entre parents plus éloignés que le troisième et quatrième degré, déboucherait en revanche de nouveau à une fertilité moindre, pire les unions de personnes généalogiquement éloignés déboucheraient même à un nombre de petits enfants inférieur à celui des unions entre cousins au premier degré.

Problème...

L'étude ne s'arrête pas aux constats mentionnés ci-dessus, elle spécule sur leurs causes. D'une part elle attribue à la moindre fertilité des cousinages au premier degré à la dépression endogamique. D'autre part elle attribue la moindre fertilité des unions les moins étroitement apparenté à ce que nous pourrions réellement appeler une dépression hybride! Ainsi les auteurs de cette publication affirment que les unions au troisième ou quatrième degré de cousinage seraient les plus optimales en terme de fertilité (et donc évolutivement parlant), dès que le cousinage est moindre une dépression hybride commencerait à affecter la fertilité des partenaire génétiquement plus distants l'un de l'autre, conclusion que reprend l'équipe de «Dirty Biology» dans sa vidéo.


Axe des abscisses pour les quatre graphes: degré de consanguinité. Axes ordonnées, pour le graphe A: Nombre d'enfants, pour le graphe B: Nombre d'enfants ses reproduisant, Pour le graphe C : Nombre de petits enfants Graphe C: Espérance de vie moyenne des petits enfants. Rappel il s'agit de données concernant la population islandaise de 1800 à 1965. [1]

Or cette conclusion pose problème pour deux raisons majeures. La première est bien évidemment l'absence de données biologiques concrètes attestant du phénomène de dépression hybrides pour les données analysés. Par exemple et de façon inverse, l'existence de dépression endogamique est appuyée par l'espérance de vie moindre des enfants issus de cousins au premier degré, il n'y a pas de variation significative de l'espérance de vie des enfants issus d'unions. Certes on peut rétorquer qu'une dépression hybride peut affecter uniquement la fertilité des «hybrides» sans affecter la santé de ces derniers. Cependant cette hypothèse même si hypothétiquement possible, n'est donc ici appuyé par aucune donnée véritablement concluante.

La deuxième critique est l'absence de toute analyse socio-culturelle approfondie. Car après tout n'est-il pas possible que la plus grandes fertilité des unions consanguines s'expliquent par des facteurs purement socioculturels. En gros il s'agirait simplement du fait que les individus les plus religieux et conservateurs tendent à la fois à se marier davantage entre cousins et à avoir davantage d'enfants. À l'inverse les personnalités les plus individualistes tendent à se marier en dehors de leur communauté et à former des familles moins nombreuses. Conscients de cette possible objection les auteurs de cette étude affirment que la baisse constante et graduelle de la fertilité à partir du quatrième degré de cousinage jusqu'au septième, n'est pas entièrement compatible avec les possibles facteurs culturels susmentionnés. Car après tout, et comme le mentionnent les auteurs de l'étude, pourquoi une baisse sensible de fertilité du sixième au septième degré de cousinage? On a en effet du mal à croire que cette baisse puisse témoigner de différence culturelles notables entre les couples dont les partenaires sont cousins aux sixième degré par-apport aux couples dont les partenaires sont cousins au septième degré. Certes cette objection est valide et montre que l'hypothèse de facteurs culturels n'est pas avérée... Cependant elle n'est pas non-plus réfutée! Ni moins ni davantage que l'hypothèse biologique des auteurs de cette étude. Car sans analyse détaillés de variables culturelles, corrélées à la consanguinité, aux liens sociaux, etc, etc... au sein de la société islandaise durant cette tranche de son histoire, on ne peut pas exclure péremptoirement que cette baisse de fertilité, même celle allant du sixième au septième degré de cousinage, a des bases socioculturelles et non pas biologiques. Bien évidemment l'inverse est également vrai, on ne peut non plus pas exclure péremptoirement des facteurs biologiques à cette disparité. Dès lors même si l'échantillonnage de cette étude est vaste on ne peut guère affirmer avoir ici une démonstration concluante de l'apparition d'une dépression hybride au-delà du quatrième degré de cousinage.

Par ailleurs notons que le degré de cousinage ne suffit pas à déterminer la proximité génétique de deux individus. Ainsi une population demeurant réduite pendant de nombreuses générations, verra ses membres êtres très semblables génétiquement. Tellement semblables que deux cousins très éloignés de cette population pourraient s'avérer génétiquement bien plus semblables que le sont deux cousins au premier degré d'une populations se caractérisant par une plus grande diversité génétique. Or les populations plus diverses génétiquement sont-elles moins fertiles en raison de cette plus grande diversité? Je ne connais aucune étude à ce sujet, mais on devine en quoi cela peut compliquer le tableau entourant l'hypothèse faite par les auteurs de l'étude précédemment mentionnée.

Conclusion

La question du cousinage et de la consanguinité est plus complexe qu'elle n'y parait de prime abord. L'équipe de «Dirty Biology» souligne à juste titre le fait que la consanguinité est souvent injustement diabolisée alors qu'elle est plus commune qu'on le pense et pas forcément négative pour la santé. Cependant l'hypothèse tirée de l'étude de la revue «Science», hypothèse voulant qu'une dépression hybride pointerait le bout de son nez au delà du quatrième degré de cousinage, demeure très incertaine considérant l'absence de données véritablement concluante en sa faveur et l'absence d'analyse sociologique approfondie qui permettraient éventuellement de déterminer diverses variables confondantes derrière les chiffres analysés. En fait à ce stade cette hypothèse doit donc être prise avec la plus grande prudence. De toute manière qu'on se rassure ne pas se reproduire avec ses cousins n'empêche pas d'avoir une descendance nombreuse. Pensons à Gengis Khan ainsi qu'à ses frères et fils, ils n'ont pas qu'ensemencé de proches cousines à eux, bien au contraire! Et pourtant leur descendance est remarquablement nombreuse. Bon ok c'est aussi et surtout parce qu'ils ont ensemencé comme peu d'hommes ont eu l'occasion de le faire dans l'histoire. Oui avec l'exemple de Gengis Khan je triche un peu car cela me permet de partager cette autre et excellente vidéo  de «Dirty Biology», vidéo consacrée, entre autre, à la descendance de ce célèbre conquérant.

 

Référence:

[1] Agnar Helgason et al (2008), An Association Between the Kinship and Fertility of Human Couples, Science

vendredi 16 janvier 2015

La sociobiologie racialiste ou l'art des spéculations ad hoc

«The arguments for inferiority drawn from the history of civilization are also weak. At the time when the early kingdom of Babylonia flourished the same disparaging remarks that are now made regarding the Negro might have been made regarding the ancestors of the ancient Romans. They were then a barbarous horde that had never made any contribution to the advance of that civilization that was confined to parts of Asia, and still they were destined to develop a culture which has become the foundation and an integral part of our own. Even later the barbarous hordes of northern Europe, who at the time of the ancient Romans were tribal groups without cultural achievements, have become the most advanced nations of our days.» Franz Boas [1]
Par ces présents propos l'anthropologue Franz Boas (connu pour ses prises de positions critiques à l'encontre le racisme « scientifique » de son époque) fournissait l'une des critiques les plus pertinentes au paradigme racialiste dominant de son époque. Bien évidemment les personnes avisées se montreront probablement critiques vis-à-vis des présents propos de Franz Boas, notamment en soulignant que les populations Nord-Européennes de l'Antiquité avaient également leur accomplissement culturels (notamment la métallurgie). Mais donc cela étaient également vrai pour les Noirs-Africains [2], Noirs-Africains qui justement étaient à l'époque considérés comme racialement inférieurs et sans aucun accomplissement culturel digne de ce nom. De plus malgré des inexactitudes évidentes, il faut comprendre ces propos de Franz Boas dans leur contexte. C'est-à-dire la mise en contraste de populations ayant atteints des niveaux d'avancements technologiques, et de complexité sociale surpassant de beaucoup, ceux de populations considérées comme arriérées, primitives et rustres par les premières.

Car ici Franz Boas répond notamment à l'idée, très en vogue à son époque, voulant que les Nord-Européens formeraient une race supérieure,. Supériorité raciale qui serait confirmée par la domination coloniale britannique à travers le monde ou encore par la puissance militaire et économique de l'Empire Allemand. Les présents propos de Franz Boas mettant à mal cette conception raciale du monde, en rappelant qu'il y moins de deux millénaires les barbares arriérés étaient ces mêmes Nord-Européens et les civilisés se situaient principalement autour de la Méditerranée et même avant cela au Moyen-Orient. Bien sûr les racialistes de l'époque avaient toute sorte d'explications ad hoc pour se défendre. Beaucoup affirmèrent que l'origine des Grecs, des Romains et parfois même des Égyptiens, se trouvaient au Nord de l'Europe, mobilisant par là toute sorte de spéculations autour d'un mythique Peuple Indo-européen, racialement civilisateur. Un mythe qui atteignit son apogée avec l'avènement de l'Allemagne nazie.

Si certains racialistes continuèrent à s'attacher à cette conception fallacieuse longtemps après la Seconde Guerre Mondiale, celle-ci tomba donc en désuétude y compris en raison des avancées en génétique. Cependant la pensée racialiste ne mourut pas pour autant, elle ne cessa de ressurgir périodiquement, notamment au travers de justificatifs scientifiquement spécieux tels que les tests de QI. Cependant il manquait au racialisme un moyen d'être cohérent au regard d'une histoire humaine ne collant pas avec ses narrations et ses classifications antérieures. Car l'objection de Franz Boas n'a depuis cessé d'être pertinente! Le racialisme devait donc trouvé de nouvelles explications ad hoc pour demeurer crédible et mieux encore pour s'affubler d'une réelle crédibilité scientifique. Sans surprise ce fut la sociobiologie qui devint le nouveau vecteur du racisme « scientifique ».

Ce qu'on appelle « sociobiologie » n'est pas en soi raciste et mieux encore elle comprend des théories ou approches tout ce qu'il y a de plus scientifiques à mettre en lien avec l'anthropologie en générale. Hélas la sociobiologie fut également victime des fameuses «just-so-stories» et autres raccourcis ultra-adaptationnistes ayant vite fait de la décrédibiliser. C'est d'ailleurs dans le cadre de cette dérive de la sociobiologie que s'inscrit le renouveau du racialisme contemporain. Et qui dit renouveau, dit changement de nom! Après s'être fait appelé un temps, « race realism », les tenant de la pensée raciale répondent aujourd'hui au doux nom de « HBD » acronyme de « Human Biological Diversity ».

Que stipule la sociobiologie HBDienne?

En 2014 cette sociobiologie HBDienne fut popularisée au travers d'un livre qui fit abondamment parler de lui à savoir « A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History » du journaliste Nicholas Wade [3]. Ce dernier exprimait depuis longtemps déjà sa sympathie pour ces approches sociobiologistes et racialistes. Et si ce livre de Nicholas Wade a un intérêt, c'est bien de synthétiser à lui seul la pensée sociobiologiste et raciale du mouvement  «HBD» mentionné ici. Ainsi on apprend que cette sociobiologie racialiste reprend à son compte le concept de coévolution gène-culture concept qui avait même séduit l'anthropologue Claude Lévi-Strauss en 1971 déjà. [4] Et pour cause ce concept est des plus intéressants et est valide à bien des égards. Un des exemples les plus souvent cités, est la diffusion de mutations permettant la digestion du lactose à l'âge adulte qui aurait eu lieu suite à la généralisation de la consommation du lait des animaux d'élevage au sein de certaines populations humaines. Mais comme l'écrit ensuite Nicholas Wade, selon certains scientifiques le concept de coévolution gène-culture serait également à l'origine d'importantes différences cognitives entre les différentes populations humaines. Et pour ce faire Nicholas Wade se base sur les écrits d'un économiste...


Oui parce qu'un économiste comme soutient à une sociobiologie teintée de racialisme ça sent d'avance la connerie...

Cet économiste c'est Gregory Clark, ce dernier soutient grosso modo que d'une période partant aux alentour des années 1200 jusqu'au début de la révolution industrielle en 1800, la population anglaise aurait été soumise à une importante pression sélective sélectionnant les individus ayant la propension à être moins violent, la propension a davantage économiser et la propension à davantage travailler (Wade 2014, 155-156) [3] (Clark 2007) [5]. L'origine de cette sélection? Clark soutient grosso modo que durant la première partie de cette période, l'augmentation de la production agricole aurait abouti à une augmentation rapide de la population. Mais alors l'Angleterre serait entrer dans un « piège malthusien », c'est-à-dire que la production se serait mise à stagner tandis que la population continuait à augmenter. Conséquence le revenue moyen réel par habitant se serait effondrer, les plus aisés, qui pour le coup seraient également les plus travailleurs, économes, intelligents et donc riches, auraient mieux survécut durant cette période et donc auraient eu davantage d'enfants, d'où l'évolution vers une population génétiquement plus travailleuse, économes et patati et patata... Une jolie narration sociobiologiste qui fut pourtant sévèrement critiquée tant les fondements sur lesquelles elle repose sont bancals. [6] 

Je pense notamment à la référence de Clark aux études de Napoleon Chagnon sur les Yanomami, et sur laquelle Clark s'appuie pour justifier sa théorie sociobiologistes appliquée elle, aux Anglais. (Clark 2007,129-130) En effet Napoleon Chagnon soutenaient que les Yanomami ayant commis des actes de guerre entrainant la mort avaient davantage accès aux femmes donc davantage d'enfants. Certains sociobiologistes interprétant cette description de Chagnon comme un démonstration d'une sélection génétique en faveur des individus les plus violents (alors que Chagnon lui-même demeurait distant face à ces interprétations sociobiologiques). Gregory Clark adhére lui aussi à cette interprétation et met en contraste l'hypothèse sociobiologiste sur les Yanomami, avec l'évolution de la société anglaise des années 1200 à 1800. Société anglaise qui, à l'inverse de ce qui se passerait avec les Yanomami, aurait sélectionné les individus les moins violents.  Problème les interprétations sociobiologistes autour des propos de Chagnon ne tiennent pas au regard des observations mêmes de ce dernier. Car seuls les Yanomami ayant survécut aux actes de guerre peuvent avoir des enfants or beaucoup des Yanomami entrant dans ces conflits, meurent. Et si l'on prend en compte ceux qui sont morts on s'aperçoit que la propension à faire la guerre ne constitue plus l'avantage sélectif qu'il semblait être de prime abord. [7] Mais Clark survole cette nécessaire mise-au-point, en ne lui consacrant qu'une courte note de bas de page et sans même noter que cela rend sa référence à Napoléon Chagnon hors-de-propos comme défense de sa thèse sociobiologique. Par ailleurs la thèse de Clark (tout comme celle des interprétations sociobiologiques autour de Napoleon Chagnon) n'a à son actif aucune donnée génétique appuyant son interprétation sociobiologique! Mais qu'à ne cela tienne Wade prend partie pour cette interprétation sociobiologique et affirme même, sans aucune donnée solide à l'appuie que le processus décrit par Clark pour l'Angleterre aurait également eu lieu ailleurs en Europe ainsi qu'à l'Est de l'Asie.

Des Barbares à l'Occident moderne

Cette approche sociobiologique que synthétise Wade, répondrait ainsi à l'objection que Franz Boas formula il y a plus d'un siècle. En effet il y a 2000 ans les Nord-Européens auraient été de nature différente, c'est-à-dire génétiquement plus violent, moins économes, moins prévoyants, bref de véritables barbares. Puis grâce au processus sélectif décrit plus haut, ils seraient devenus les peuples civilisés et raffinés que nous connaissons aujourd'hui.

Des Barbares rustres et violents (à gauche) à l'Occidental moderne, civilisé, raffiné et intelligent (à droite). Arf!

Mais alors comment expliqué que les Grecs, Romains, et Égyptiens aient précédés les Nords-Européens? Peter Frost un anthropologue et HBDiste convaincu, soutien que les populations Méditerranéennes incorporées au sein de l'Empire Romain auraient été « génétiquement pacifiées » par la répression qu'auraient exercés l'Empire contre ses élément les plus dissidents et violents. Peter Frost poussant sa joyeuse spéculation plus loin encore en affirmant que les Romains auraient été tellement pacifiés qu'ils se seraient alors passivement laissés envahir par des populations non-pacifiées à savoir les fameux barbares Nord-Européens! [8] Et c'est sans surprise que Henry Harpending, autre partisan convaincu de la pensée HBD, s'adonne sur son blog à une comparaison de la narration de Frost sur les Romains, avec l'Occident moderne. Occident moderne qui serait lui aussi confronté à ses barbares non-pacifiés à savoir les immigrés en provenance des divers pays du Tiers-Monde. Bref une population occidentale génétiquement pacifiée face aux hordes de barbares génétiquement violents venu du Sud. Mais non le mouvement HBD n'est pas animé par des considérations politiques c'est une pure théorie scientifique puisqu'on vous le dit!

Mais donc que penser de cette sociobiologie HDBienne?

1. Réponse courte:


2: Réponse longue:

Bon ok on va quand même essayer de développer mais donc par où commencer? Car franchement il y a tellement de raccourcis fallacieux savamment mélangés à des considérations évolutives, ma foi tout à fait valides même si maniées n'importe comment, qu'il est difficile de savoir par où décortiquer cette sociobiologie HBDienne. La première chose à faire serait donc peut-être d'aller directement au fond du problème, à savoir souligner que cette sociobiologie repose sur une série d'explications ad hoc sans démonstration et preuve solide derrière ces dernières. Par exemple quelle preuves solides, c'est-à-dire génétiques, ont Clark, Harpending, Frost et compagnie pour soutenir que les Nord-Européens de l'Antiquité avaient génétiquement plus de propension à la violence que les Nord-Européens actuels? Réponse: Que dalle!

Et en réalité c'est même bien pire encore. Puisque cette sociobiologie se garde bien de distinguer un tant soit peu clairement ce qui serait du registre de l'évolution culturelle et sociale, de ce qui serait réellement du registre de la génétique, et pour cause elle ne le peut pas. Comme l'avait noté un dénommé Noah Smith au 19ème siècle les Irlandais étaient pauvres, les immigrants Irlandais aux États-Unis étaient souvent très mal vus, perçus non seulement comme pauvres, mais également comme violents et méprisables, etc... Et aujourd'hui ils ne sont plus considérés ainsi. Doit-on en déduire qu'en moins de 200 ans il y aurait eu un puissant processus sélectif ayant modifié la nature même des Irlandais, y compris celle de leurs descendants Outre-Atlantique?

Exemple de racisme « scientifique » du 19ème siècle avec des Irlandais représentés, à l'instar des Noirs, comme appartenant à une race humaine simienne, à l'inverse des «Anglo-Teutoniques» considérés comme étant racialement supérieurs.

Le biologiste H. Allen Orr souligne à ce titre l'absence totale de preuve solide dans la synthèse sociobiologiste que propose Nicholas Wade dans son livre. Souvent certains de ces sociobiologistes rétorquent que des preuves existent, notamment le fait que les immigrants Asiatiques se sont très bien intégrés en Amérique du Nord et même du Sud tandis que les Noirs demeurent socialement désavantagés. Mais c'est oublier les différences historiques et culturelles profondes entre ces populations qui ont d'ailleurs des histoires migratoires fort différentes. Il est par ailleurs amusant de constater que Nicholas Wade ne fait preuve d'aucune rigueur ne serait-ce qu'historique, faute d'en faire preuve en génétique. En effet Nicholas compare l'ascension économique post deuxième guerre mondiale, de pays asiatiques tels que la Corée du Sud, avec des pays africains tels que le Nigeria demeurant en comparaison, rongés par la corruption, la pauvreté et les guerres. Pour Nicholas Wade ces différentes évolutions seraient des preuves de différences génétiques en matière de comportement entre Est-Asiatiques et Noirs-Africains (Wade 2014, 173-185) [3]. Or je ne vois pas comment Nicholas Wade peut affirmer cela sans creuser, ne serait-ce qu'un peu, les multiples autres facteurs susceptibles d'expliquer ces différentes évolutions. Nous pourrions notamment mentionner les profondes et très nombreuses fractures ethniques au sein de nombreux pays africains, y compris le Nigéria, par-apport à la plus grande cohésion ethnique et sociale d'un pays comme la Corée. Mais Nicolas Wade n'en fait rien au mieux il survole rapidement ces questions! Idem pour l'économiste Gregory Clark qui affirme à demi-mot par exemple, que les populations Indiennes (ou tout du moins certaines d'entre-elles) ne disposeraient pas des prédispositions comportementales d'origine génétiques pour s'adapter à une société industrialisée (Clark 2007, 354-357) [5]. Mais cela sans parvenir à distinguer les facteurs culturels et sociaux des hypothétiques facteurs génétiques (Allen 2008, 968-969) [6]. Mais peu importe Clark comme Wade et comme les autres partisans du mouvement « HBD », minimisent ou au mieux survolent en vitesse ces objections, pour finalement reconnaitre qu'elles sont valides mais que leur théorie demeure malgré tout hypothétiquement possible...Bref ils n'amènent aucune démonstration solide et ne reconnaissent pas comme il se devrait les failles évidentes de leurs théories comprenant de nombreux faits qui s'opposent à ces dernières.

Conclusion:

La conclusion est simple, si l'on prend un minimum de recule on s'aperçoit que cette nouvelle évolution du racialisme est véritablement du foutage de gueule. Les approches sociobiologiques proposées consistent à faire coller des scénarios hypothétique ad hoc pour coller aux faits observés (différence de développement économiques et technologiques) pour ensuite affirmer que ces faits collent avec les scénarios hypothétiques précédemment proposée et confirment ainsi la théorie sociobiologiste de départ. Si ce n'est pas un raisonnement circulaire cela y ressemble beaucoup!

Certes les avocats de cette sociobiologie particulière couvrent leur arrières en reconnaissant par exemple que dans certains cas la culture et l'évolution sociale à elles seules peuvent suffire à expliquer des différences que leurs interprétations sociobiologistes expliqueraient dans d'autres cas. Mais alors comment distinguent-ils les hypothétiques facteurs génétiques qu'ils soutiennent, des facteurs purement culturels et sociaux, alors qu'ils n'ont aucune démonstration génétique solide à l'appui? Bref tout ça pour dire que si le livre de Nicholas Wade et les autres publications du mouvement
« HBD » connaissent tant de succès ou tout du moins font tant parler d'eux ce n'est certainement pas en raison de leur valeur scientifique mais bel et bien de leur portée idéologique et politique.

Références:

[1] BOAS, Franz (1974 [1906]), The Outlook for the American Negro, in A Franz Boas Reader, The Shaping of American Anthropology, 1883-1911, University of Chicago Press : Edited by George W. Stocking, Jr, 1982, Originally published 1974, Reprint 1989. 310-31

[2] HUYSECOM, Éric (2007), Un Néolithique ancien en Afrique de l'Ouest?, Pour la Science N°358

[3] WADE, Nicholas (2014), A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, The Penguin Press 2014

[4] LÉVI-STRAUSS, Claude (2001 [1971]), Race et Culture, in Race et Histoire Race et Culture, Albin Michel / Éditions UNESCO

[5] CLARK, Gregory (2007), A Farewell to Alms: A Brief Economic History of the WorldPrinceton University Press

[6] ALLEN Robert C. (2008), A Review of Gregory Clark’s A Farewell to Alms: A Brief Economic History of the World, Journal of Economic Literature 46:4, 946–973

[7] FERGUSON, R. Brian (2001), Materialist, cultural and biological theories on why Yanomami make war, Anthropological Theory, Volume 1(1) 99-116

[8] FROST, Peter (2010), The Roman State and Genetic Pacification, Evolutionary Psychology Volume 8(3)

lundi 28 juillet 2014

L'Histoire de Deux Corneilles

Corneille Mantelée (Corvus cornix) à gauche et Corneille Noire (Corvus corone) à droite


L’intitulé ce cet article est donc «L' Histoire de deux corneilles» (titre que j'ai honteusement copié et traduit de l'article du biologiste Jerry Coyne) ou mieux dit l'Histoire de deux populations de corneilles européennes, à savoir la corneille noire (Corvus corone) et la corneille mantelée (Corvus cornix). Deux populations de corneilles qui ont donc chacune leur nom binominal en latin servant à définir des espèces. Ainsi si l’on s’en tenait à la nomenclature Corvus corone et Corvus cornix seraient bel et bien deux espèces distinctes. Problème comme pour l’ourse polaire (Ursus maritimus) et l’ours brun (Ursus arctos), ces deux populations de corneilles sont interfécondes! Mais c’est encore pire lorsque l’on analyse le génome de ces deux populations sur leurs aires respectives de distribution. [1]

Aires de distribution de la corneille noire (gris foncé) et de la corneille mantelée (gris clair) le présent diagramme indiquant égalament la localisation des individus dont le génome a été étudié dans l'étude citée dans le présent article. [1]

En effet une récente étude mené par J. W. Poelstra, N. Vijay et al [1] montre de manière claire que les corneilles noires allemandes sont génétiquement plus proches des corneilles mantelées suédoises que des corneilles noires espagnoles. Difficile dès lors de considérer les corneilles noires et les corneilles mantelées comme deux espèces distinctes car de toute évidence les flux de gènes sont relativement réguliers, même si limités, entre ces deux populations de corneilles. Mais l'étude pointe également vers d'intéressantes exceptions à cette dernière constatation. En effet sur plus de huit millions de «Single Nucleotide Polymorphism» (SNPs) analysés seuls 83 distinguait de manière catégorique (c’est-à-dire étaient fixées ou presque fixées) corneilles noires et corneilles mantelées et 81 des 82 SNPs en question se situent sur un seul chromosome à savoir le dix-huitième chromosome! [1] Et comme on peut s'y attendre les SNPs incriminés correspondent à des séquences génétiques impliqués dans la couleur du plumage!

Comme le schématise la divergence génétique entre différentes populations de corneilles via les plus de 80 millions de SNPs situés sur l'ensemble du génome. Nous remarquons par exemple que pour la majeure partie du génome, l’indice  de fixation Fst est moindre est moindre entre corneilles noires allemandes et corneilles mantelées suédoise qu’il ne l’est entre corneilles noires allemandes et corneilles noires espagnoles. Donc que les corneilles noires allemandes sont génétiquement plus proches des corneilles mantelées suédoises qu'elle ne le sont des corneilles noires espagnoles. Cependant nous remarquons sur l'ensemble du génome quelques exceptions. En effet il existe des séquences génétiques qui divergent énormément entre l’ensemble des corneilles noires et des corneilles mantelées, y compris entre corneilles noires allemandes et corneilles mantelées suédoises. C'est sur le chromosome numéro dix-huit que se concentrent l'essentiel de ces SNPs séparant nettement les corneilles noires des corneilles mantelées. [1]

Mais pourquoi alors que pour la majorité du génome les différents allèles voyagent relativement librement d’une population à l’autre, certains allèles, ceux codant de la couleur ne parviennent pas à circuler librement via les flux de gènes ayant pourtant court entre corneilles noires et corneille mantelée. Pourquoi? La réponse s’appelle «sélection sexuelle»! En effet parmi les SNPs variant de manière importantes en fréquence entre corneilles noires et corneilles mantelées, certains se trouvent également sur des séquences impliquées dans la vision et donc très probablement dans les préférences visuelles de ces corneilles! La conséquence de tout ceci est que les corneilles de chaque population ont tendance à privilégier les accouplements avec des corneilles ayant le même plumage. Dit autrement une corneille noire sera davantage attirée par une corneille noire et une corneille mantelée davantage attiré par une corneille mantelée (j'ignore cependant à ma connaissance si la préférence ne concerne que les mâles pour les femelles ou les femelles pour les mâles ou alors que celle-ci marche dans les deux sens). Ainsi malgré l’existence de quelques échanges génétiques assurant la proximité génétique des populations de corneilles noires et mantelées voisines l’une de l’autre, les deux populations demeurent in fine phénotypiquement distinctes. Les quelques hybrides parvenant à s’accoupler avec soit des corneilles noires soit des corneilles mantelés, ont généralement au final des descendants sans particularité phénotypique les distinguant de manière claire de la population dans laquelle ils ont alors été absorbés.


Mais attendez une minute!

Oui attendez car il y a un truc cloche! En effet si des flux de gènes ont ainsi lieux entre ces deux populations de corneilles, normalement recombinaisons génétiques et autres «crossover» devraient permettre à terme grâce aux hybridations sporadiques mentionnées ci-dessus, la naissance de corneilles noires ayant une préférence visuelle pour les corneilles mantelées et inversement des corneilles mantelées ayant une préférence pour des corneilles noires! Et cela d'autant plus qu'il n'existe pas de barrières géographiques et écologiques difficilement franchissable séparant ces deux populations de corneilles! Dès lors pourquoi malgré ces incontestables flux de gènes, même dans les zones où ces deux populations se recoupent, les corneilles noires ont toujours une préférence pour les autres corneilles noires et les corneilles mantelées pour les autres corneilles mantelées aux point que les deux populations semblent toujours bien distinctes l'une de l'autre? Ou si l'on s'interroge directement au niveau des séquences génétiques, pourquoi chaque allèle (par exemple l'allèle favorisant une préférence pour la couleur noire) des séquences impliquée dans la préférence visuelle d'un couleur particulière demeure-t-il toujours associé à l'allèle codant la même couleur (donc la couleur noire) et pas à l'autre? La réponse tiendrait en un mot: «Inversion»! Qu’est-ce qu’une inversion? La réponse en image!
 

Bien maintenant retenez le digramme ci-dessus et expliquons de manière simplifiée, comme l'a fait Jerry Coyne, cette histoire d’inversion dans notre histoire de corneilles. Rassurez-vous c’est assez simple. Imaginons que la séquence «D» de notre chromosome schématisé ci-dessus, soit responsable de la couleur du plumage de nos corneilles et que la séquence «F» soit responsable de la préférence visuelle de nos corneilles pour un plumage de couleur spécifique. Un jour une inversion se produit et se répand au sein d’une des populations de corneilles comme le montre le schéma ci-dessus. Une fois que cette inversion a eu lieu il n’est virtuellement plus possible d’avoir de «crossover» (voir diagramme ci-dessous) sur les régions «D» et «F» entre la population porteuses de l’inversion et celles ne la possédant pas, car tout «crossover» dans cette région se solderait par la perte d’une séquence génétique vitale sur les chromosomes concernés et engendrerait donc probablement des zygotes non-viables. Dès lors ces séquences, celles codant la couleur du plumage et celle codant la préférence visuelle, vont évoluer toutes les deux de concert mais de manière indépendante entre la population porteuse de l’inversion et celle chez laquelle celle-ci est absente. Dès lors qu’une préférence visuelle pour une couleur est présente dans une population et une autre dans l'autre population, celles-ci persisteront et demeuront telles quelles dans chacune des deux populations en question!

Dans le cas d’un «crossing-over» ordinaire (A) nous avons un morceau de chaque chromosome homologue qui est échangé avec l’autre, ce qui contribue au brassage d’allèles comme le montre le diagramme ci-dessus. Cependant une inversion peut compliquer les choses et empêcher la viabilité de certains crossing-over (B), car si des gènes et/ou séquences vitaux ont été touchés par l’inversion, alors un crossing over peut déboucher sur la perte totale du dit gène ou de la dite séquence sur le chromosome concerné alors qu’il se retrouve à la place avec la copie excédentaire d’une séquence et/ou d’un gène qu’il possède déjà. Ce phénomène pourrait expliquer le maintien de la barrière comportementale séparant des deux populations de corneilles en fonction de leurs phénotypes respectifs.

Dès lors il est virtuellement impossible d’avoir des corneilles noires ayant une préférence visuelle pour les corneilles mantelées et des corneilles mantelées ayant une préférence visuelle pour les corneilles noires, la couleur du plumage et la préférence visuelle pour celle-ci, demeurant fixées telles quelles dans chacune des deux populations de corneilles malgré les flux de gènes sporadiques entre ces dernières. Flux de gènes que ces préférences visuelles limitent par ailleurs de manière sensible le tout favorisant éventuellement une possible spéciation à venir entre ces deux populations de corneilles. Et notez bien que (1) il s'agit de toute évidence d'une évolution récente et que (2) il ne s'agirait pas du seul cas de divergence populationnelle et possiblement in fine de spéciation, provoquée par une «Inversion», comme le rappellent les auteurs de cette étude [1].

Une question demeure encore: Doit-on considérer ces deux populations de corneilles comme deux espèces distinctes? Personnellement et comme d’autres l'ont me semble-t-il déjà exprimé, je dirais que non, au mieux pourrait-on les considérer comme deux sous-espèces. Mais au final cela n’a pas spécialement d’importance. La notion d’espèce étant certes utile mais il faut garder à l’esprit que celle-ci n’est pas toujours adéquate ou commode pour décrire certaines populations d’être vivants aux relations et situations complexes ne se laissant pas capturer par nos catégorisations platoniciennes . Ce qui compte c’est de comprendre correctement les relations et situations en question cela ne voulant bien-évidemment pas dire que la notion d’espèce ne demeure pas une notion tout à fait commode et utile dans de nombreux autres cas.

Référence:

[1] J. W. Poelstra, N. Vijay et al (2014), The genomic landscape underlying phenotypic integrity in the face of gene flow in crows, Science

mardi 31 décembre 2013

Origine de l'Homme: Des alternatives «scientifiques» qui déchirent!


Une théorie alternative parmi tant d'autres

Encore un mois de Décembre où je fus fort occupé et ça ne va pas s'améliorer pour ce début 2014! Néanmoins voici un petit article qui pourrait en amuser certains. En effet vous vous souvenez de mon précédent billet où je m'excuses pour m'être fait dupé en relyant une fausse information? Eh bien hormis ma confiance excessive la duperie à également marché en raison de mon ignorance et plus exactement parce que je n'ai pas reconnu la photo d'une larve Phyllosoma. Mais ça ne me dédouane pas pour autant de ma naïveté car lorsque j'étais ado j'étais déjà un grand naïf séduit plus d'une fois par divers idées fantaisistes en rapport avec l'origine de l'Homme j'ai même été séduit par la thèse voulant que les pyramides étaient le fait d'Aliens ainsi que par d'autres écrits venant d'hurluberlus divers et variés (non je ne lisais pas pas des revues du type  «Nexus» mais la série «Stargate» m'avait alors salement influencé). Il faut dire que les idées fantaisistes tournant autour de l'Histoire ainsi que de la Préhistoire Humaine ce n'est pas cela qui manque! Aussi pour fêter la nouvelle année voici trois joyeuses perles fantaisistes concernant la Préhistoire et l'Origine de notre espèce, à lire après avoir terminer votre bouteille de champagne!

1. L’Homoncule marin notre ancêtre à tous!

C'est une thèse que nous devons à François de Sarre reprenant lui-même le flambeaux de la «Bipédie Initiale» déjà défendu avant lui par Bernard Heuvelmans et encore par d'autres avant ce dernier. La thèse défendue par François de Sarre stipule notamment que l’ensemble des tétrapodes descendent d’un «Homoncule marin» c’est-à-dire d’une créature ressemblant à ceci:

 L'Homoncule Marin
Si on en croit cette page Internet prenant partie pour cette amusante théorie, François de Sarre, au regard de sa dite Théorie, proposerait même une phylogénie alternative et révolutionnaire des vertébrés, phylogénie qui serait la suivante:

Admirez l’artiste!

Personnellement je ne peux qu’avoir de la sympathie et cela sans condescendance aucune pour François de Sarre car au final comment ne pas avoir une réelle admiration devant une telle audace?!

2. Neandertal ce monstre!

Cette deuxième thèse fantaisiste réitère-elle en revanche une vielle injustice que l’on croyait oubliée, une injustice faite à Neandertal jadis déjà représenté comme une brute épaisse à l’allure simienne. Je vous laisse visionner la vidéo déjantée du dénommé Danny Vendramini ci-dessous ça vaut le détour!



Ce qui est le plus agaçant c’est que Neandertal est présenté comme un ignoble prédateur par opposition à des Homo sapiens forcément raffinés et intelligents ayant vaincu ces monstrueux Neandertals par la force de leurs brillants esprits…Ben voyons! Hormis de dépeindre Neandertal comme plus simien qu’humain, aucune mention du fait qu’il enterrait ses morts ainsi que de tous les indices montrant qu’il ne différait probablement pas énormément d’Homo sapiens en terme d’intellect et même qu’il s’agissait même probablement d’Homo sapiens à part entière interféconds et ne différent pas énormément de nous génétiquement parlant ! [1]  Et même si cette andouille de Danny Vendramini admet notre probable interfécondité avec Neandertal c'est au final simplement pour se représenter des mâles Neandertaliens simiens et brutaux en train de kidnapper et violer des femelles Homo sapiens mais certainement pas l'inverse! Et pour en revenir à la manière dont est dépeint Neandertal physiquement voici comment Danny Vendramini justifie sa reconstitution:


Crâne de Néandertalien juxtaposé sur la silhouette d’un chimpanzé!

Comme l’a souligné le biologiste PZ Myers la présente juxtaposition ci-dessus est tout simplement merdique au vue de la position qu’aurait alors le trou occipital! Par ailleurs pas besoin d’être un anatomiste chevronné pour remarquer que le crâne de Neandertal est celui d’un humain à part-entière ne différant pas énormément du nôtre et mieux encore que certains humains modernes issus de tous les continents, ont même des crânes foutrement similaires en plusieurs points à ceux des Néandertaliens!

3. Les Hommes sont des porcs (dans tous les sens du terme)!

Et on termine en beauté par la thèse défendue par le généticien Eugene McCarthy auteur du site «macroevolution.net». Le titre et l’esthétique du site pourrait laisser penser que l’on a à faire à un site scientifique sérieux. Pourtant si l’on est initié à la cladistique on trouve tout de suite étrange la proposition du site voulant que les baleines descendent des Mosasaures! Mais il y a pire puisque l’auteur du site propose la thèse voulant que l’espèce humaine trouve son origine dans l’hybridation d’un singe avec un cochon thèse qui fut relayé par le Daily Mail!


Là encore PZ Myers avait déjà fait un détour pour réfuter cette joyeuse théorie et à donc constater que Madame Garrison de South Park existe bel et bien et qu’elle s’appelle donc Eugene McCarthy! Et franchement ce dernier a également toute ma sympathie!

Bref bilan de tout ça n’oubliez pas de relire cet article après consommation d’alcool si vous avez eu la mauvaise idée de le lire en étant sobre. En revanche si vous prenez le volant ne buvez pas! Lire ou conduire il faut choisir!

Référence:

[1] Richard E. Green et al (2010), A Draft Sequence of the Neandertal Genome, Science

jeudi 28 novembre 2013

Mea culpa

Un excès de confiance et beaucoup de naïveté, voilà comment j’ai cru au fake d’une connaissance virtuelle que je croyais pourtant digne de confiance. Un fake qui se basait sur un probable photomontage présentant la prétendue découverte d’un nouvel arthropode dont la position phylogénétique aurait été pour le moins surprenante. Apparemment l’auteur de cette «farce» a trouvé celle-ci des plus amusantes, grand bien lui fasse. Il faut dire que j’ai moi-même marché à fond, je me suis enthousiasmé et ai fait preuve d’une naïveté extrême! Bref j’ai été idiot!

La probable expression de mon visage quand j’ai découvert que j’ai été roulé dans la farine.*

Mais bon pas grave l’essentiel étant que la blague n’a pas été plus loin. Encore merci à Naldo du blog «Les Poissons n’existent pas» pour avoir rapidement démasqué le fake au moins celui-ci ne risque pas d’en mener d’autres en bateau! Je m'excuse d'avoir ainsi relayé, même pour une seule journée, une fausse info c'est la première et j'espère bien la dernière fois que cela se produit!

* La photo ci-dessus est celle du Joueur du Grenier dont je recommande vivement la chaine à tous les Nerds, Geeks et autres fans de jeux vidéos!

vendredi 25 octobre 2013

Un crâne qui simplifie l'évolution humaine?

Crâne du petit dernier découvert sur le site de Dmanisi. [1]

Récemment la découverte d’un nouveau crâne sur le célèbre site de Dmanisi en Géorgie a mis un saint coup de pied à l’arrière train de certains paléoanthropologues ayant la sale manie de nommer une nouvelle espèce d’Hominidé à chaque fois qu’ils découvrent un nouveau fossile. Ce fut d’ailleurs parfois le cas avec les premiers fossiles de Dmanisi souvent nommés Homo georgicus c’est-à-dire en usant d’une nomenclature habituellement réservée à une espèce à-part-entière. Or bien évidemment même si les divers représentant fossiles du genre Homo diffèrent de manière plus ou moins sensible rien ne permet d’affirmer qu’ils n’étaient pas interféconds. Rien ne permet souvent d’exclure le fait qu’ils aient pu être les simples «variations régionales» d’une seule et même espèce.



Exemple de construction phylogénétique de différents fossiles de représentants du genre Homo. Cette inférence phylogénétique basée sur les caractères morphologiques des dits fossiles n'est pas dénoué de tout fondement, mais hélas elle demeure hautement spéculative et incertaine car ayant des bases extrêmement fragiles lié à un faible échantillonnage et une ignorance des variations intra-spécifique et même intra-populationnelles. Car certains des représentants fossiles du genre Homo représentés ici pourraient appartenir à une seule et même espèce et avoir été reliés par de nombreux flux de gènes ce qui rendrait le présent arbre phylogénétique inexact et obsolète!

Plus généralement nous ignorons également les liens et distances de parentés entre les différents spécimens fossiles retrouvés et les hypothétiques populations auxquelles appartenaient ces derniers. Heureusement certains paléoanthropologues en sont parfaitement conscients et ne tombent pas de le travers consistant à nommer une nouvelle espèce à chaque nouveau fossile d’Hominidé trouvé. Ainsi je me souviens avoir lu une interview du paléoanthropologue Fred Spoor datant de 2007, dans laquelle il identifiait déjà les fossiles de Dmanisi comme étant ceux d’une simple variante régional d’Homo erectus et précisant que selon lui les variantes africaines d’Homo erectus souvent appelées Homo ergaster appartenaient probablement à la même espèce que celle des différents Homo erectus asiatiques, Homme de Dmanisi compris.



Reconstitution numérique de cinq crânes issus du même site de Dmanisi, on remarque que ceux-ci diffèrent de manière importante les uns des autres. Le petit dernier découvert (tout à droite) aurait été classé comme étant une espèce distincte s’il avait trouvé dans une autre région notamment dans un autre continent.
 
Gare aux conclusions hâtives

 
Or le petit dernier découvert à Dmanisi dans des strates estimés aux alentours de -1.8 millions d'années, pousse le bouchon encore plus loin, ce fossile rappelant que les représentants humains issu d’une même espèce (et non pas forcément des «variation régionales» très éloignés géographiquement) peuvent avoir d’importantes variations phénotypiques. [1] De plus sa petite capacité crânienne rapproche pas mal le petit dernier d’Homo habilis suggérant carrément selon certains que les fossiles d’Homo habilis devraient eux-aussi être ranger dans la même espèce ou la même lignée qu’Homo erectus. Ce qui est possible. Malheureusement cela semble pousser les auteurs de la publication de la revue «Science» décrivant le fossile, à un léger raccourci. En effet ils suggèrent que les premiers représentant du genre Homo ne formerait qu’une seule et même lignée humaine! Quand j'ai lu ceci j'ai instictivement pensée à cela:


 
Or bien sûr cela est faux! Et heureusement les auteurs de la publication en question ne souscrivent pas à une vision aussi caricaturale et simpliste de l'évolution de la lignée Humaine. Le truc c'est que par «lignée» les auteurs semblent entendre «espèce», c'est-à-dire ici un ensembles de différentes populations interfécondes fussent-elle phylo-géographiquement passablement éloignée les unes des autres. Or bien évidemment le terme «lignée» ne renvoie en réalité à aucune subdivision précise pas plus que le terme «population». Ainsi deux familles issues d’un même village peuvent être considérées comme deux lignées distinctes. Mais personnellement dans le cadre d'une discussion sur l'évolution humaine, par «lignées» j’entendrais plutôt deux ou plusieurs populations humaines séparées par plusieurs dizaines ou même centaines de milliers d’années d’évolution avec ce que ça comporte comme divergences génétiques et probables divergences phénotypiques malgré l'interfécondité des populations en question. Et la découverte de ce nouveau fossile ne permet en rien de stipuler qu’une seule lignée humaine existait à l’époque selon cette dernière définition et cela quand bien même les différentes lignées étaient probablement interfécondes. Et donc rien ne permet d'affirmer que certaines de ces lignées n'aient pas disparues sans laisser de descendance. À ce titre je renvoie les lecteurs intéressés au très intéressant et tout aussi excellent billet du paléoanthropologue John Hawks à ce sujet! Vous remarquerez que même en partant du principe réaliste et probable voulant que toutes les populations du genre Homo aient été interfécondes, rien ne permet d'affirmer que nous pouvons résumer le début de l'évolution du genre Humain à une seule lignée (si l'on a en tête la définition du mot «lignée» que j'ai donné ci-dessus). Et encore moins affirmer comme le rapportent certains médias, que notre évolution serait plus simple que ce que l'on pensait jusqu'alors, encore une fois voir cet excellent article de John Hawks pour faire la part des choses!

Une nécessaire prudence

De plus la prudence que nous devons avoir face à cette nouvelle découverte est de mise car certes il est tout à fait possible et même probable que les fossiles de Dmanisi appartiennent à la même espèce ou mieux encore à une seule et à une même lignée humaine. Mais il est également possible qu’ils appartiennent à des représentants d’au moins deux populations humaines déjà passablement divergentes l’une de l’autre. Après tout à titre de comparaison Neandertal et Homo sapiens ont probablement partagé les mêmes territoires en Europe et au Moyen-Orient par le passé. Et même s’ils étaient probablement interféconds ils représentaient deux populations humaines qui avaient déjà passablement divergé l’une de l’autre par le passé. Aussi rien ne nous permet d’exclure que nous avons sur le même site, des représentant du genre Homo appartenant à des lignées bien distinctes séparées par plusieurs centaines de milliers d’évolution.


À gauche crâne d'Homme Anatomiquement Moderne à droit crâne de Néandertalien. Les Hommes anatomiquement modernes se sont probablement métissés dans une certaine mesure avec les Néandertaliens, l’ADN de ces derniers se baladant très probablement toujours au sein des populations humaines actuelles. [2] Pour autant nous pouvons malgré tout considérer Sapiens et Neandertal comme deux lignées différentes et cela même si ces deux lignées ne se sont pas formellement séparées l’une de l’autre (avec peut-être de grosses surprises quant au relations phylogéographiques des différentes sous-populations de Neandertal et de Sapiens de l’époque). Cela a pu être le cas pour les représentants antérieurs du genre Homo tels que Homo habilis et Homo erectus.

Ainsi que les fossiles de Dmanisi appartenaient au non à une seule et même lignée et/ou population humaine, l'évolution du genre humain fut probablement complexe avec des populations se déplaçant, divergeant génétiquement, se retrouvant, entrant en compétition les unes aux autres, certaines en remplaçant d'autres tout en se mélangeant avec elles dans une certaine mesure et ainsi de suite. Un peu comme ce que soupçonnent les scientifiques avec les Hommes Anatomiquement Modernes et Neandertal.


Le Boxeur Russe Nikolay Valuev demeure un excellent rappel quant à la variabilité morphologique importante que l’on peut trouver au sein d’une seule et même population humaine!

Mais donc une fois ces dernières mises au point faites, les fossiles de Dmanisi nous rappellent que les membres d’une même population et donc d’une même lignée peuvent différer de manière importante sur le plan morphologique. Cela rendant hautement spéculatives et incertaines certaines constructions phylogénétiques et taxonomiques faite à partir des quelques fossiles d'Hominidés dont nous disposons aujourd'hui!
 
Références:

[1] David Lordkipanidze et al (2013), A Complete Skull from Dmanisi, Georgia, and the Evolutionary Biology of Early Homo, Science
 
[2] Richard E. Green et al (2010), A Draft Sequence of the Neandertal Genome, Science