D’ailleurs
certains pourraient reprocher au titre du présent article d’induire
en erreur, car justement ci-dessous je vais revenir sur des éléments et
des théories soutenant qu’il n’y a pas eu une seule et unique expansion
d’Homo sapiens hors du continent
africains mais au contraire très probablement plusieurs sorties
d’Afrique entrecoupé qui plus est de retours en Afrique, retours qui
auraient pu être très importants.
De quoi parle-t-on exactement?
En 2010 une très intéressante étude de Michael D. Petraglia
et al [4],
revenait sur des données archéologiques issues du
Levant, de la
Péninsule Arabique et de l’Asie du Sud, attestant d’une possible présence
d’hommes anatomiquement modernes hors d’Afrique à des dates
relativement anciennes. La thèse centrale de cette publication était
que les Hommes Modernes auraient quitté le continent africain il y a
plus de 100'000 ans et aurait établit un véritable «réseau de
migrations» allant de l’Afrique de l’Est à la Péninsule Indienne, le
tout en précisant les conditions climatiques de l’époque dans les
différentes régions où auraient migré ces Hommes Modernes.

Réseaux de migrations possibles d’Homo sapiens entre -120'000 et -70'000 ans selon Michael D. Petraglia et al (2010) réseaux de migrations allant de l’Afrique de L’Est à la Péninsule Indienne. En 1 les climats à végétation méditerranéennes. En 2 des «steppes» méditerranéennes. En 3 des steppes arides. En 4 des déserts. En 5 des zones semi-désertiques. En 6 des corridors fluviaux (comme par exemple celui entourant le Nil). En 7 des savanes tropicales. En 8 des forêts tropicales «sèches». En 9 un mélanges de prairies et de forêts tropicales humides. En 10 des forêts tropicales humides. En 11 des végétations de montagnes tropicales. En 12 des climats montagneux tempérés à chauds. En 13 climat du Plateau Tibétain constitué de forêts de conifères et de déserts. [4]
Notons que nous pouvons mettre en perspective la présente théorie de Michael D. Petraglia
et al avec une récente étude sur l’évolution du climat en Afrique et aux Moyen Orient depuis -150'000 ans à -30'000.
[5]
Cette étude montrant que durant la période selon laquelle des Hommes
modernes auraient quitté l’Afrique,
le Levant et l’Afrique du Nord
auraient connu eu un climat passablement humide et donc probablement
favorable à la colonisation du Moyen-Orient et donc peut-être
(probablement) à des migrations loin plus loin vers l’Est jusqu’à la
Péninsule Indienne.
Schéma
montrant l’évolution du climat de -150’000 ans à -30’000 ans dans
différentes régions allant de l’Afrique du Sud au Moyen-Orient. Nous
remarquerons que l’Afrique du Nord et le Levant sont caractérisé par des
climats sec à partir de 75'000 ans environs. En revanche l’Afrique de
l’Est et donc peut-être le Sud de la Péninsule Arabique auraient
conservé un climat humide jusqu’il y a environ -65'000 ans. [5]
Enfin Michael D. Petraglia
et al
remettent en perspective les données archéologiques avec les données
génétiques issues de
l’ADN Mitochondrial et plus exactement
les haplogroupes de l’ADN mitochondrial. Il apparait assez clairement que
nous avons des outillages au Moyen-Orient et dans la péninsule Indienne
avant l’apparition des haplogroupes eurasiatiques. Tout cela tendant à
indiquer que ces premières sorties d’Afrique il y a plus de 100'000 ans
auraient donc été suivies par d’importantes sorties d’Afrique il y a
moins de 100'000 ans avec une probable «absorption» des populations humaines
initialement sorties d'Afrique, par les nouveaux arrivants.
Phylogénie
des principaux haplogroupes de l’ADN mitochondriale, remis en
perspective avec des données archéologiques montrant la possible
présence d’Homo sapiens au
Levant, en Asie du Sud ainsi que dans la Péninsule Arabique. Il apparaît
que des expansions de l’Homme moderne ont eu lieu avant la sortie
d’Afrique de l’haplogroupe L3 constitue l’haplogroupe des populations
non-africaines actuelles. Peut-être-même que ces anciennes sorties
d’Afrique d’Hommes modernes se seraient donc étendues jusqu’à la
Péninsule Indienne! [4]
Notons toutefois que les
outillages vieux d’il y plus 100'000 ans présents en dans la péninsule
arabique ainsi que la péninsule indienne ne sont pas clairement associé à
des fossiles d’Hommes modernes, on ne peut donc pas exclure qu’ils
soient l’œuvre d’autres représentant du genre
Homo qu’il s’agisse de Neandertaliens ou d’Hominidés de type
Homo erectus. Il est aussi possible qu’il s’agisse de lignées métissées, c’est-à-dire de mélanges entre des
Homo sapiens
venu d’Afrique et de ces lignées humaines mentionnées précédemment. Car
donc il y avait peut-être déjà d’importants flux de gènes entre l’Afrique
et l’Eurasie il y a plus de 100'000 ans.
D’importants flux de gènes en Afrique à partir du Moyen-Orient?
La réponse à cette dernière question semble évidente à savoir «oui», car si
Homo sapiens
est sorti d’Afrique du Moyen Orient et donc à coloniser le reste du
monde à partir du Moyen-Orient aussi il y a de forte chance qu'il soit retourné en Afrique à partir du Moyen-Orient. Plus généralement il faut noter que le fait que des Hommes
Modernes étaient présents au Moyen-Orient il y a plus de 100'000 ans est
en concordance avec une théorie donnant davantage de poids au
Moyen-Orient pour l’expansion de notre espèce à travers le monde. En
effet certains soutiennent qu’après être sortie d’Afrique les Hommes
modernes auraient prospérés au Moyen-Orient et se seraient répandus non
pas seulement en Eurasie mais également en Afrique. Cette hypothèse
voulant donc que les Hommes modernes auraient effectués d’importants
retours en Afrique il y moins de 100'000 ans! Ces importants retours en
Afrique étant en concordance avec l’évolution du climat puisque
le schéma précédent nous montre qu’à partir de 75'000 environ
le Levant
aurait à nouveau basculer dans une période particulièrement sèche, cela
ayant pu favorisé sur le long-terme non-seulement des migrations à
partir du Moyen-Orient vers le nord et l'est mais également des migrations vers
le Sud où le climat était alors plus humide.
Cependant attention
si nous nous en tenons au graphe issu de cette étude l’Afrique de l’Est
serait resté humide jusqu'à 65'000 ans environ, de plus les
haplogroupes de l’ADN mitochondriale pointent vers des sorties
d’Afrique, donc des migrations du Sud vers le Nord il y a environ
70'000 ans puis d’importantes expansions en Eurasie
ultérieures à cette date.
[6]
La solution à ce problème serait qu’il y ait bel et bien eu une
importante expansion hors d’Afrique il y a moins de 70'000 mais une
expansion qui aurait pu avoir lieu via le
Bab-el-Mandeb (voir image ci-dessous) là où le climat était encore plus humide.
Le
Bab-el-Mandeb aurait pu constituer un point de passage important entre
l’Afrique et la Péninsule Arabique donc entre l’Afrique et l’Eurasie.
Cette
importante sortie d’Afrique datant de 70'000 environ et qui est en
concordance aussi bien avec les haplogroupes de l’ADN mitochondrial
qu’avec ceux du chromosome Y, n’aurait cependant donc pas été la
première et n’exclue pas durant la même période (de -100'000 ans à
-70'000) d’importants retours en Afrique donc d’importants
flux de gènes
entre l’Afrique et l’Eurasie!
Cependant le fait que le Moyen-Orient
était alors déjà peuplé depuis longtemps pourrait suggérer un scénario
alternatif selon lequel l’importante expansion de l’Homme moderne il y a
environ 70'000 ans tel que soutenu par les données génétiques, ne
serait pas parti d’Afrique mais du Moyen-Orient! Cette dernière théorie
peut cependant sembler surprenante car les haplogroupes du chromosome Y
et de l’ADN mitochondriale pointent au contraire vers une expansion à
partir d’Afrique. Aussi pour bien comprendre en quoi consiste la dite
théorie alternative nous allons revenir ci-dessous sur les haplogroupes
du chromosome Y car ceux-ci sont justement au cœur de cette théorie
alternative.
Faut-il revoir l’origine géographique de l’haplogroupe BT?
Dans mon précédent article sur les haplogroupes du chromosome Y j'avais expliqué en quoi les haplogroupes les plus plus
basaux, tels que
l'haplogroupe BT (vieux d'il y a environ -80'000 à -70'000 ans) s'enraçinaient en Afrique et étaient donc selon toute vraisemblance apparues en Afrique. Cependant il existe une théorie alternative proposé notamment par
le blogueur Dienekes. Ce dernier propose en effet une hypothèse selon laquelle
l’haplogroupe BT du chromosome Y
pourrait lui-même être apparu au Moyen-Orient au sein de populations
d’Hommes modernes descendantes de celles qui avaient quitté l’Afrique
pour colonisé l’Eurasie il y a plus de 100'000 ans. Pour se faire il
s’appuie sur le fait que l’on retrouve à basse fréquence des individus
appartenant à
l’haplogroupe B en Iran
[7] ainsi qu’en Afghanistan
[8].
Selon lui il pourrait s’agir de reliques, c’est-à-dire que
l’haplogroupe B aurait été initialement très fréquent en Eurasie mais
aurait depuis diminué en fréquence suite à l’expansion de
l’haplogroupe CT qui serait selon Dienekes, lui aussi apparu Moyen-Orient.
Phylogénie
et répartition des principaux grand haplogroupes du Chromosome Y. On
s’aperçoit que les clades les plus basaux (clades A et B) sont
essentiellement africains, indiquant l’arbre phylogénétique des
haplogroupe du chromosome Y s’enracine donc en Afrique. Il en va ainsi
par exemple de l’haplogroupe BT clairement enraciné sur le continent
africain. Cependant selon Dienekes la présence à faible fréquence
d’individus appartenant à l’haplogroupe B en Iran et en Afghanistan
pourrait témoigner d’une possible origine asiatique de l’haplogroupe BT.
Position cependant très spéculative pour le moins faible sachant que la
présence d’individus appartenant à l’haplogroupe B dans ces régions
d’Asie semble correspondre à des migrations récentes.[9]
Cette
théorie bien que séduisante est à prendre avec des pincettes et a
plusieurs faiblesses malgré le fait qu’elle soit plausible. Tout d’abord
la présence de personnes porteuses d’haplogroupes B en Iran (et aussi
probablement dans certaines régions d’Afghanistan) s’explique très
probablement par des migrations récentes.
Dans un commentaire laissé sur le blog de Dienekes une personne répondant au pseudo de Lank
souligne ainsi que les populations Iraniennes chez lesquelles
l’haplogroupe B est présent, se situent dans une zone géographique ou il
y a eu de récentes migrations en provenance d’Afrique
[7].
Lank rappelant également
que l’haplogroupe B est très fréquent chez les chasseurs-cueilleurs
Hazda et plaide clairement en faveur d’une origine africaine de
l’haplogroupe BT!
Carte de repartition de l’haplogroupe B et de quelques-uns de ses sous-haplogroupesen Afrique. Il apparait que
l’haplogroupe B est clairement africain et demeure extrêmement rare hors
du continent africain où sa présence s’explique d’ailleurs probablement
par de récentes migrations hors d’Afrique. [9]
Notons cependant
que dans un de ses commentaires Dienekes ajoute
un autre élément qui pourrait être en faveur de sa théorie, à savoir la
présence d’individus apparentant à l’haplogroupe A en Sardaigne et à
Chypre.
[10]
Après tout la présence d’un haplogroupe A en Europe ne pourrait-il pas
témoigner d’anciennes sorties d’Afrique et donc constituer un indice en
faveur de l’apparition de l’haplogroupe BT au Moyen-Orient? Et cela
d’autant plus comme semble le souligner Dienekes que les populations de
l’Ouest de l’Eurasie chez lesquels l’on trouverait ces haplogroupe A,
seraient en revanche peu pourvues d’un des sous-haplogroupe de l'haplogroupe E, pourtant
très fréquent dans les régions d’Afrique d'où proviendrait l'haplogroupe A. Or si des migrations récentes
expliquent l’haplogroupe A chez ces populations de l’Ouest de l’Eurasie
pourquoi celles-ci n’ont-elles pas en même temps un taux important de ce
sous-haplogroupe de l’haplogroupe E?
Carte de repartition de l’haplogroupe A et de quelques-uns de ses sous-haplogroupes en Afrique. Comme l'haplogroupe B, l'haplogroupe A s'enracine clairement dans le continent africain. [9]
Cependant là encore
Lank fait une intéressante mise-au-point
en rappelant que les individus appartenant à l’haplogroupe A en
Sardaigne et à Chypre appartiennent en fait au sous-haplogroupe A3b2
(voir schéma ci-dessous). L'haplogroupe A3b2 est toujours présent dans la partie nord de l'Afrique notamment au Soudan. Or Lank cite une étude soulignant qu'il n'y a pas si longtemps l'haplogroupe A3b2 étaient probablement d'avantage répandu au Nord du Soudan qu'il ne l'est aujourd'hui (l'haplogroupe A3b2 étant toujours très fréquent au Sud du Soudan). Parallèlement ce
sous-haplogroupe de l’haplogroupe E n'aurait atteint des fréquence élevé au Nord du Soudan que récemment.
[11]
Lank rappelant qu’en des temps récents comme ce fut le cas au Soudan, l’haplogroupe A3b2 aurait pu être
bien plus fréquent qu’aujourd’hui en Afrique du Nord et à l’inverse cet
haplogroupe E bien plus rare. Cela pouvant aisément expliquer les
présentes constatations de Dienekes sans donc devoir faire appel à une
origine ancienne de l’haplogroupe A à l'ouest de l'Eurasie. Pourquoi? Parce que les quelques populations de l'Ouest de l'Eurasie où l'on trouve l'haplogroupe A3b2 sont donc probablement les descendant de migrants relativement récents en provenance d'Afrique du Nord à une époque où l'haplogroupe E y était moins fréquent qu'aujourd'hui.

Arbre phylogénétique des haplogroupes du chromosome Y par F. Cruciani et al (2011).
On observe que l’haplogroupe A3 (dont l’un des sous-haplogroupe est
l’haplogroupe (A3b2) est assez étroitement apparenté à l’haplogroupe B.
La question est donc de savoir si la présence de l’haplogroupe A3b2 en
Europe est récente ou ancienne. Dienekes suggérant une origine ancienne,
Lank amenant en revanche de bonnes raisons d’être en faveur d’une
origine récente. [12]
Enfin un des derniers arguments de Dienekes
serait une estimation de -100'000 ans pour les derniers ancêtres
communs des Européens et des africains, chose qu’il semble présenter
comme étant en faveur de sa théorie (bien que je n'en suis pas vraiment sûr tant cet argument me semble étrange). Ce dernier argument de Dienekes est
pour le moins étrange
car là encore Lank rappelle
que cela ne s’oppose pas avec une origine africaine et récente (moins
de 100'000 ans) de la lignée porteuse de l’haplogroupe BT pour le
chromosome Y et de celle porteuse de l’haplogroupe L3 pour l’ADN
mitochondrial. L’estimation de -100'000 pouvant s’expliquer par l’impact
du métissage des Eurasiens avec des lignées «archaïques» tels que
Neandertal et des africains avec de possibles autres lignées d’Hominidés
«archaïques» alors encore présentes en Afrique à l’époque, ou alors cela est
simplement dû au fait que l’Afrique retient une plus grande diversité
génétique donc d’avantage de variants génétiques anciens.
[13]
D’ailleurs cet argument de la part de Dienekes est d’autant plus
étrange car celui-ci admet également une origine récente et commune de
l’haplogroupe BT du chromosome Y. La seule différence étant qu’il
propose pour celui-ci une origine Moyen-Orientale plutôt qu’Africaine
tout en restant bien évidemment prudent sur sa propre théorie. Bref même
si la théorie de Dienekes est intéressante et à prendre en
considération elle demeure peu soutenue et se base sur une lecture pour
le moins partiale des données existantes. Mais certes comme le dit
Dienekes lui-même un des moyens de résoudre de manière définitive ou
presque cette question serait d’analyser plus en détail les chromosomes Y
des hommes appartenant à l’haplogroupe B en Eurasie afin de les
comparer à ceux de leurs homologues africains appartenant au même haplogroupe.
Mais
donc si l’on s’en tient aux données existantes rappelons-nous comme
mentionné plus haut, qu’un autre indice soutient une expansion récente
(il y environ 70'000 ans) en provenance d’Afrique à savoir l’ADN
mitochondriale notamment via la distribution de
l’haplogroupe L3.
[6]
La date et la répartition de l’haplogroupe L3 étant à la fois
compatible avec une sortie récente d’Afrique via le Bab-el-Mandeb ainsi
qu’avec une origine africaine et récente de l’haplogroupe BT (qui
correspondrait aux mêmes vagues migratoires). Certes l’histoire des
haplogroupes du chromosome Y n’est pas forcément la même que celle des
haplogroupes de l’ADN mitochondriale, mais donc le scénario de loin le
plus probable et parcimonieux demeure de loin une origine africaine de
l’haplogroupe BT et cela en ajoutant qu’il n’existe à ma connaissance aucune étude montrant une origine non-africaine de l’haplogroupe en
question.

Carte
représentant la probable origine et les probables voies et dates
d’expansions de l’haplogroupe L3 de l’ADN mitochondriale. A gauche l'expansion de l'haplogroupe L3 entre -70'000 ans et -30'000 ans. À droite l'expansion récente des sous haplogroupes africains de l'haploupe L3 de -10'000 ans à -1'800 ans. On remarque
que la date d’expansion de cet haplogroupe il y a 70'000 ans correspondrait assez bien à celle
de l’haplogroupe BT du chromosome Y. Il serait cependant nécessaire
d’attendre la publication de nouvelles études pour être fixé sur la
concordance de l’expansion de ces deux haplogroupes. Car l’histoire des
haplogroupes du chromosome Y n’est de loin pas forcément la même que
celle des haplogroupes de l’ADN mitochondrial. [9]
Si l’origine africaine de l'haplogroupe BT n’est (probablement) pas à revoir alors peut-être faut-il revoir celle de l’haplogroupe CT?
Mais
même si l’haplogroupe BT est d’origine africaine cela ne signifie pas
pour autant qu’il y a pas eu d’importants retours en Afrique après que
l’Haplogroupe BT se soit répandu au Moyen-Orient il y a 70'000 ans
environ! Cela nous amène en effet à une autre théorie déjà mentionnée
dans ce précédent message voulant que
l’haplogroupe DE (un des deux
sous-haplogroupe de
l’haplogroupe CT) soit d’origine Eurasienne.
[14]
Car si l’haplogroupe DE est d’origine Eurasienne n’est-il pas possible
voir même très probable que
l’haplogroupe CT ne soit pas lui aussi
d’origine Eurasienne? C’est aussi une position que défend Dienekes et
contrairement à l’haplogroupe BT, une origine eurasiatique de
l’haplogroupe CT a d’assez bonnes probabilités d’être vraie. Or
rappelons qu’un des deux sous-haplogroupes CT est l’haplogroupe DE
comprenant lui-même
l’haplogroupe E très commun en Afrique
subsaharienne!
Carte de répartition de l’haplogroupe E très fréquent sur le continent africain particulièrement en Afrique subsaharienne
Aussi
si l’haplogroupe CT est bel et bien apparu au Moyen-Orient et au vue de
la prédominance de l’haplogroupe E sur le continent africain cela
voudrait dire qu’il y a eu à des dates relativement récentes
d’importants retours en Afrique! Cela rendant donc l’expansion de
l’homme moderne plus complexe encore puisque nous aurions eu des sorties
d’Afrique il y a plus de 100'000 ans, suivit peut-être déjà de retours
en Afrique, puis d’importantes sorties d’Afrique il y a 70'000 ans
suivit cette fois à nouveaux d’importants retours en Afrique ainsi que
d’une expansion sur le reste de l’Eurasie! Notons cependant concernant
l’haplogroupe CT qui si une origine Eurasienne (et plus précisément du
Moyen-Orient) de celui-ci semble passablement probable, elle n’est
non plus pas avéré, l’origine de l’haplogroupe CT pouvant, de manière
tout aussi probable, être d’origine africaine.
[9] [15] [16]
Mais alors y-a-t-il des preuves concluantes de retours en Afrique?
La réponse est oui, mais les preuves les plus concluantes proviennent d’haplogroupes relativement récents comme
l’haplogroupe R, largement plus récent que 50'000 ans.
[17]
Cependant nous aurions torts de penser qu’il n’y aurait pas pu déjà y
avoir d’importants retours en Afrique bien plus anciens c’est-à-dire
plus anciens que 50'000 ans voir même aux alentours des -100'000 ans. Le
problèmes des haplogroupes , qu’il s’agisse de ceux du chromosome Y ou
de ceux de l’ADN mitochondial, étant qu’il ne donnent qu’une image
incomplète des ascendances des différentes populations et donc des
migrations passées. Par exemple prenez l’Homme de Neanderthal qui nous a
selon toute vraisemblance laissé une partie de son génome au sein des
populations humaines actuels sans pour autant nous transmettre ni son
chromosome Y ni son ADN mitochondrial. Par ailleurs si le Moyen-Orient
voir même peut-être l’Asie du Sud, était déjà colonisé par
Homo sapiens
il y a plus de 100'000 ans il apparaît assez probable qu’il y ait eu
déjà à l’époque des retours en Afrique, retours en Afrique qui ont pu
contribuer de manière non-négligeable au pool génétique des populations
africaines.
Conclusion: une complexe sortie d’Afrique
Et
oui on conclue avec le titre du présent article! Car même si au vue des
données génétiques et archéologiques précédemment mentionnées il
apparait donc difficile de savoir ce qu’il s’est exactement passé, dans
les grandes lignes voici ce que nous pouvons déjà dire:
1. Apparition d’hommes anatomiquement modernes en Afrique entre 200'000 et
100'000 ans (bien qu’on ne puisse exclure une origine encore plus
ancienne).